Rejet Chambre néerlandophone

Mêmes points, autre issue : après la suspension, le CPAS de Maaseik pouvait réattribuer à Gielen sur la base d’un rapport d’attribution assaini

Arrêt nr. 219732 · 14 juin 2012 · XIIe kamer

Après que le Conseil d’État eut suspendu l’attribution des lots électriques du nouveau centre de soins de Maaseik (1.231.205,26 euros) parce que le CPAS avait évalué la valeur technique à l’aide de treize sous-éléments et de pondérations jamais annoncés dans le cahier spécial des charges, le CPAS a retiré cette décision et, sur la base d’un rapport d’attribution remanié — avec exactement les mêmes scores — a réattribué le marché à Gielen ; la seconde demande en extrême urgence de CKS échoue, car le retrait a effacé la première décision et le nouveau rapport s’appuie, lui, sur les critères du cahier.

Que s'est-il passé ?

Le CPAS de Maaseik a lancé, par appel d’offres général, la construction d’un nouveau centre de soins résidentiel de 64 lits MRPA et 56 lits MRS, trois unités de court séjour, un centre de soins de jour et un guichet de services. Les lots 4 et 5 — la cabine moyenne tension et l’installation électrique, estimés ensemble à 1.398.817,30 euros — ont attiré cinq soumissionnaires. Dans le rapport d’attribution du 14 février 2012, Elektriciteitswerken Gielen a obtenu 96,26 points et CKS 94,93 : CKS avait le meilleur prix (40/40), mais Gielen l’emportait sur la valeur technique (53,30 contre 49,93 sur 55). Le 21 février 2012, le CPAS a attribué le marché à Gielen pour 1.231.205,26 euros hors TVA. CKS a saisi le Conseil d’État et obtenu la suspension par l’arrêt n° 218.827 du 5 avril 2012 : le CPAS avait évalué la valeur technique à l’aide de treize sous-éléments — des luminaires (20 points) à la protection contre la foudre (1 point) — selon une pondération absente du cahier et fixée seulement après l’ouverture des offres. Le CPAS a réagi vite : le 13 avril 2012, un rapport d’attribution remanié rattachait expressément l’évaluation aux critères explicités dans le cahier (qualité technique, esthétique et fonctionnelle, facilité d’entretien) et listait les écarts par offre — dix points négatifs pour CKS, quatre pour Gielen. Les scores sont restés exactement les mêmes. Le 24 avril 2012, le CPAS a retiré la décision suspendue et, par décision distincte, a réattribué le marché à Gielen. Le 21 mai 2012, CKS a de nouveau demandé la suspension en extrême urgence. Cette fois en vain. Le Conseil a posé que le retrait a pour effet que la première décision d’attribution est censée n’avoir jamais existé : ses motifs ne peuvent être lus implicitement dans la nouvelle décision, de sorte que la critique de l’ancienne pondération manque en fait. Le nouveau rapport ne révélait aucun sous-critère ni poids fixé après coup et, citant l’arrêt Evropaïki Dynamiki de la Cour de justice (C-252/10 P), le Conseil a rappelé que préciser des critères d’attribution annoncés n’est pas absolument interdit ; il n’existe pas davantage d’obligation de publier à l’avance la méthode d’évaluation. Que chaque soumissionnaire ait reçu exactement les mêmes points qu’auparavant a paru ‘curieux’ au Conseil, mais pas illégal en soi — le CPAS a expliqué à l’audience vouloir maintenir sa première évaluation, qu’il assumait sur le fond. Les griefs techniques de CKS (prises uniquement blanches là où le cahier exigeait un choix de couleurs, luminaire en saillie au lieu d’encastré, appareils non directement raccordables, éclairage de secours de 380 au lieu de 450 lumens) n’ont pas non plus révélé d’erreurs d’appréciation. La demande et les mesures provisoires sollicitées ont été rejetées, avec 175 euros de dépens à charge de CKS.

Pourquoi c'est important ?

L’arrêt montre comment un adjudicateur peut réparer une attribution suspendue sans changer l’issue — et où passe la limite. La figure juridique qui porte tout est l’effet rétroactif du retrait : la première décision est censée n’avoir jamais existé, de sorte que celui qui attaque la nouvelle décision doit viser ce document-là. La tentation est grande, pour le soumissionnaire évincé, de déduire des scores identiques que l’ancienne pondération illégale a simplement été reconduite ; le Conseil qualifie ce résultat de curieux, mais accepte l’explication selon laquelle les évaluateurs maintenaient leur première appréciation sur le fond. Tant que le nouveau rapport s’appuie lui-même sur les critères du cahier, il tient. L’arrêt confirme aussi deux lignes constantes qui surprennent souvent les soumissionnaires : les sous-critères qui ne font que préciser les critères annoncés sont admis (Evropaïki Dynamiki), et il n’existe pas d’obligation générale de publier à l’avance la méthode d’évaluation. Enfin, la discussion sur le seuil montre que les lots s’additionnent pour la publicité européenne : les lots électriques de 1,4 million d’euros suivaient le régime du projet de construction complet, au-delà de 4.845.000 euros. Qui ne regarde que son propre lot sous-estime les règles applicables.

La leçon

Pour les adjudicateurs, voici le mode d’emploi après un arrêt de suspension : retirez formellement la décision suspendue, retravaillez le rapport d’attribution pour que l’évaluation repose démontrablement sur les critères du cahier, et prenez une nouvelle décision d’attribution autonome. La même issue n’est pas un problème, à condition que le nouveau rapport la porte de manière indépendante — même si des scores identiques restent un chiffon rouge, à contrer par une motivation visiblement propre à chaque offre. Pour les soumissionnaires : une suspension gagnée n’est pas un marché gagné. Attendez-vous à une réattribution, et ne bâtissez pas votre seconde procédure sur les vices de la décision retirée — juridiquement, elle n’existe plus. Regardez aussi votre propre offre d’un œil critique : les dix remarques négatives contre CKS (jusqu’aux prises proposées uniquement en blanc) ont finalement pesé plus lourd que tout grief procédural. Et faites correspondre vos fiches techniques exactement aux exigences du cahier — le Conseil ne compte qu’avec ce qui accompagne l’offre, pas avec ce qui s’ajoute après.

Posez-vous la question

Votre rapport d’attribution repose-t-il visiblement et exclusivement sur les critères et précisions du cahier spécial des charges, y compris lors d’une réévaluation après suspension ? Pouvez-vous justifier qu’une réévaluation aboutisse aux mêmes scores, par une motivation autonome ? Savez-vous, comme soumissionnaire, que le retrait d’une décision d’attribution l’efface rétroactivement, de sorte que les griefs contre l’ancien rapport manquent en fait ? Vos fiches techniques satisfont-elles littéralement à chaque exigence (degré de protection, flux lumineux, encastrement, choix de couleurs) — et tout ce que vous invoquez est-il réellement joint à votre offre ? Et avez-vous additionné les lots pour savoir si le seuil européen est atteint ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →