Rejet Chambre néerlandophone

Deux pourcentages d'honoraires ne font pas deux lots : J2F Sport échoue contre Waregem dans l'affaire de la piste d'athlétisme

Arrêt nr. 221663 · 7 décembre 2012 · XIIe kamer

Dans l'adjudication ouverte pour le concepteur de la nouvelle piste d'athlétisme de Waregem, J2F Sport a lu dans les deux pourcentages d'honoraires demandés deux marchés distincts dont il devait gagner au moins un, et a contesté la sélection du lauréat Van Wassenhove Architecten pour défaut de certificat VCA ; le Conseil d'État a vu, prima facie, un marché unique, admis l'équivalence des attestations de sécurité produites ainsi que la régularisation a posteriori d'une attestation mentionnée dans l'offre, et rejeté la demande d'extrême urgence.

Que s'est-il passé ?

En juillet 2012, la ville de Waregem a lancé une adjudication ouverte pour la désignation d'un concepteur pour une piste d'athlétisme en matériau synthétique perméable sur l'extension de son stade sportif — conforme IAAF, KBAB et VAL, coordination sécurité-santé conception et réalisation comprise (cahier spécial des charges n° 2012/081, estimé à 60.000 euros HTVA). Neuf offres furent déposées. Le rapport d'examen du 25 septembre 2012 classa Van Wassenhove Architecten premier avec des honoraires de 3,84 % plus 0,14 % pour la coordination sécurité (39.800 euros), juste devant J2F Sport avec 3,50 % et 0,50 % (40.000 euros). Le 11 octobre 2012, le collège attribua au soumissionnaire régulier le plus bas. J2F saisit le Conseil d'État en extrême urgence avec deux moyens. Un : le formulaire d'offre demandait deux prix distincts — donc deux marchés ou lots, et pour la partie conception J2F était le moins cher avec 3,50 %. Le Conseil l'écarta : le cahier des charges vise expressément un marché unique, et les deux pourcentages n'importent que pour le moment où chaque partie est due ; les déclarations contraires alléguées de la personne de contact de la ville n'étaient pas démontrées. Deux : le cahier des charges exigeait un certificat VCA, et le rapport d'examen constatait lui-même qu''aucun bureau d'études ne dispose d'un certificat VCA', après quoi la ville se contenta d'attestations de formation complémentaire de coordinateur de sécurité niveau B — alors que J2F était le seul à avoir joint deux véritables attestations VCA (sécurité de base et cadres opérationnels). Ce moyen non plus ne fut pas jugé sérieux : J2F ne réfuta pas l'existence de certificats VCA au nom d'une entreprise — une déclaration de l'émetteur des certificats aurait suffi — et ne démontra pas davantage que l'attestation de niveau B ne serait pas équivalente. Que le lauréat n'ait déposé son attestation (délivrée par Syntra West en 2003 et mentionnée dans son offre) qu'à la demande de la ville ne pouvait être reproché à celle-ci. La demande fut rejetée ; J2F supporte les dépens de 175 euros.

Pourquoi c'est important ?

L'arrêt réunit trois leçons récurrentes dans les marchés de services locaux. D'abord : la structure du formulaire d'offre ne définit pas le marché. Qui déduit deux lots de deux composantes de prix demandées lit le cahier des charges comme il veut le lire ; seule compte une division expresse en lots. Les confirmations orales d'une personne de contact ne pèsent rien contre cela — surtout lorsqu'elles ne sont documentées nulle part. Ensuite : une exigence de sélection comme le certificat VCA se lit en pratique avec souplesse quand aucun soumissionnaire n'y satisfait. L'adjudicateur qui accepte alors systématiquement des attestations équivalentes ne commet, prima facie, aucune faute ; qui le conteste doit prouver concrètement la non-équivalence, pièces à l'appui, par exemple une déclaration de l'émetteur des certificats. Enfin : les documents de sélection mentionnés dans l'offre mais absents de celle-ci peuvent être réclamés et ajoutés après coup. Qui mise sur un tel vice de forme chez son concurrent sera déçu. Le fil rouge : en procédure d'extrême urgence, le requérant porte la charge de la preuve pour chaque élément de sa thèse, et les suppositions — si plausibles soient-elles — ne suffisent pas.

La leçon

Pour les soumissionnaires : lisez le cahier des charges comme le Conseil le lit — un marché unique reste un marché unique, même si le formulaire demande plusieurs prix. Faites confirmer par écrit les promesses ou interprétations d'une personne de contact, sinon elles n'existent pas juridiquement. Et qui soulève une objection de sélection ou de régularité contre le lauréat doit boucler sa preuve : démontrez pièces à l'appui qu'une attestation acceptée n'est pas équivalente, au lieu de vous fier au texte littéral du cahier des charges. Pour les adjudicateurs : posez des exigences de sélection que le marché peut satisfaire — une exigence VCA qu'aucun bureau d'études ne remplit force à improviser dans le rapport d'examen. Documentez soigneusement cette appréciation d'équivalence et appliquez-la également à tous ; c'est ce qui a fait ici la différence entre un rejet et une suspension. Les attestations mentionnées dans une offre peuvent être réclamées — notez-le aussi de manière transparente dans le rapport.

Posez-vous la question

Déduisez-vous la structure d'un marché du formulaire d'offre plutôt que des dispositions expresses sur les lots ? Avez-vous fait confirmer par écrit les déclarations orales de l'adjudicateur ? Pouvez-vous prouver, pièces à l'appui, la non-équivalence alléguée d'attestations, par exemple par une déclaration de l'émetteur des certificats ? Savez-vous qu'une attestation mentionnée dans l'offre peut être réclamée et régularisée après coup ? Et en tant qu'adjudicateur : vos exigences de sélection sont-elles réalistes pour le marché visé, et traitez-vous les preuves équivalentes de tous les soumissionnaires de la même manière ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →