Rejet Chambre néerlandophone

Entretien des espaces verts du Parc de Tervuren : la Régie des Bâtiments pouvait lire largement les références du lauréat

Arrêt nr. 224112 · 26 juin 2013 · XIIe kamer

La sa Krinkels contestait l’attribution, par la Régie des Bâtiments, de l’entretien des espaces verts du Jardin français et du parc du Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren — un marché de 3.932.360 euros — à la sprl Estate and Landscape Management, mais le Conseil d’État a jugé que le pouvoir adjudicateur pouvait raisonnablement interpréter l’exigence du cahier des charges relative aux références portant sur des ‘parcs’ et sur ‘un contrat’ d’au moins 300.000 euros, et a rejeté le recours.

Que s'est-il passé ?

La Régie des Bâtiments a lancé une adjudication publique pour l’entretien du Jardin français, du parc et des plantations du Musée royal de l’Afrique centrale et du Palais des Colonies à Tervuren (cahier des charges n° 08/21.0705/178D), pour une valeur estimée à 3.932.360 euros hors TVA. Sous peine de nullité, le cahier des charges exigeait des références d’‘entretien des espaces verts’ dans des ‘parcs’ : soit deux contrats d’au moins 300.000 euros, soit un contrat d’au moins 600.000 euros, exécutés dans les trois ans précédant la publication. Cinq soumissionnaires ont déposé une offre. Le moins-disant, la sprl Brankaer (3.107.865,42 euros), a été écarté après un examen des prix pour prix anormaux ; suivaient la sprl Estate and Landscape Management (3.645.579,06 euros) et la sa Interplant, auteur juridique de la sa Krinkels (3.755.912,26 euros). Après deux arrêts de suspension en extrême urgence (nos 189.133 et 189.135 du 23 décembre 2008), la Régie a retiré sa première décision d’attribution et réexaminé les offres, établissant un nouveau rapport d’attribution le 23 juin 2009 et attribuant le marché à Estate and Landscape Management le 30 juillet 2009. Interplant a demandé l’annulation, soutenant que les deux références acceptées du lauréat — Brussels Expo et Truman Hall — ne satisfaisaient pas au cahier des charges : Brussels Expo ne serait pas un ‘parc’ mais un environnement bétonné, et le montant de 405.440 euros ne serait qu’une addition de petits contrats annuels ; la référence Truman Hall n’atteindrait pas le seuil de 300.000 euros et reposait sur un relevé de 37 mois au lieu de 36. Le Conseil d’État n’a pas suivi cette critique. Les photographies ne démontraient pas que Brussels Expo n’était pas un parc au sens du cahier des charges — qui autorise d’ailleurs expressément le revêtement jusqu’à 25 % des prestations. Le cahier des charges emploie indifféremment les termes ‘contrat’ et ‘marché’, de sorte qu’il n’excluait pas que des contrats successifs, reconduits d’année en année pour le même parc, atteignent ensemble les 300.000 euros requis ; l’objectif de l’exigence de référence est de prouver la capacité technique à exécuter un grand marché, non la forme du contrat. Le tableau établi par Interplant elle-même ne suffisait pas à ébranler la référence Truman Hall, et un jour supplémentaire en mai 2005 ou mai 2008 n’empêchait pas de prendre en compte la facture mensuelle complète. Le grief selon lequel un autre soumissionnaire, la sa ABOG, aurait été apprécié plus sévèrement était sans portée : ABOG était plus chère, de sorte que sa sélection n’aurait pas modifié l’issue. Le pouvoir adjudicateur était resté dans les limites de sa liberté d’appréciation ; le moyen unique a été déclaré non fondé et le recours rejeté. Interplant a été condamnée aux dépens de 175 euros et la partie intervenante à ceux de 125 euros.

Pourquoi c'est important ?

Les exigences de référence sont la charnière de la sélection qualitative : elles déterminent qui est jugé techniquement capable de mener un grand marché. Cet arrêt montre comment le Conseil d’État les lit. Lorsque le cahier des charges parle d’‘un contrat’ ou de ‘deux contrats’ d’un montant donné, ce qui importe n’est pas d’abord l’emballage juridique formel, mais la question de savoir si le soumissionnaire a fourni le même type de prestations pour la valeur requise durant la période de référence — au besoin par un contrat annuel régulièrement reconduit. Tout aussi important est la charge de la preuve : qui conteste l’attribution doit démontrer que le pouvoir adjudicateur a dépassé sa liberté d’appréciation. Un jeu de photographies ou un tableau de factures fait maison ne suffit pas lorsque le bénéficiaire oppose un historique cohérent de facturation et de contrats. Et même un grief fondé peut échouer sur l’intérêt : que l’autorité ait peut-être jugé trop sévèrement une concurrente plus chère (ABOG) ne pouvait ébranler l’attribution, puisqu’une appréciation correcte de cette concurrente n’aurait pas conduit à un autre choix.

La leçon

Si, comme pouvoir adjudicateur, vous voulez éviter les litiges sur les références, définissez avec une clarté absolue ce que vous entendez par un ‘contrat’ et par le seuil requis, et si des contrats annuels successifs ou reconduits pour le même marché peuvent être additionnés — car si vous employez ‘contrat’ et ‘marché’ indifféremment, cela sera lu largement en votre faveur. Comme soumissionnaire évincé, ne soutenez pas seulement que les références du lauréat vous paraissent douteuses, mais prouvez concrètement qu’elles n’atteignent pas le seuil du cahier des charges ; un tableau fait maison face à un historique complet de factures ne convainc pas. Et rappelez-vous qu’un grief ne mène à l’annulation que s’il touche vos propres chances : une plainte sur l’appréciation trop clémente d’un concurrent qui était plus cher que vous ne rapporte rien.

Posez-vous la question

Avez-vous stipulé sans ambiguïté dans votre cahier des charges si une référence doit être un seul contrat ou si des contrats annuels et des reconductions pour le même marché peuvent être additionnés ? Employez-vous les termes ‘contrat’ et ‘marché’ de manière cohérente, ou laissez-vous place à une lecture large ? Si vous contestez une attribution sur la base des références du lauréat, disposez-vous de preuves solides (factures, contrats, attestations) montrant que le seuil n’a pas été atteint, ou vous appuyez-vous sur vos propres reconstitutions ? Et avez-vous vérifié que votre grief peut réellement modifier votre propre classement — ou concerne-t-il un concurrent dont la situation n’affecte pas l’issue ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →