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Cinq ans après la suspension en extrême urgence, le Conseil d’État clôt le dossier GFI contre l’AViQ : le retrait de l’attribution est définitif, le recours sans objet, les dépens à charge du pouvoir adjudicateur

Arrêt nr. 255049 · 18 novembre 2022 · VIe kamer

Après que le Conseil d’État eut suspendu en extrême urgence, en août 2017, l’attribution de trois lots de consultance informatique par l’AViQ et que l’AViQ eut retiré cette attribution un mois plus tard, la VIe chambre a constaté en novembre 2022 que le retrait — malgré l’absence de preuve de notification recommandée à l’un des adjudicataires — était devenu définitif après tant d’années sans recours, a déclaré le recours en annulation de GFI sans objet et a mis les droits de rôle de 400 euros à charge de l’AViQ.

Que s'est-il passé ?

En 2017, l’Agence wallonne de la Santé, de la Protection sociale, du Handicap et des Familles (AViQ) a organisé un marché public portant sur un accord-cadre de consultance spécialisée en informatique, divisé en lots. La SA GFI a remis le 31 mars 2017 une offre pour les lots 1, 2 et 5. Par décision du 6 juillet 2017, l’AViQ a écarté cette offre et attribué le lot 1 à Uptime Group, le lot 2 à NSI IT et le lot 5 à Realdolmen. GFI a saisi le Conseil d’État. Par l’arrêt n° 238.942 du 9 août 2017, le Conseil a suspendu en extrême urgence l’exécution de la décision d’attribution. Le 7 septembre 2017, GFI a introduit son recours en annulation ; le même jour, l’AViQ a retiré la décision attaquée. L’AViQ a notifié ce retrait à tous les soumissionnaires par courrier recommandé du 13 octobre 2017, mentionnant les voies de recours, les formes et les délais. Personne n’a attaqué le retrait. La procédure en annulation s’est néanmoins prolongée. Le premier auditeur Laurent Jans a rédigé un rapport, notifié à l’AViQ le 12 juin 2019. L’AViQ n’ayant pas demandé la poursuite de la procédure dans les trente jours, l’auditeur a demandé le 6 janvier 2021 la mise en œuvre de la procédure abrégée de l’article 14quinquies du règlement général de procédure. Le 11 janvier 2021, le greffe a informé l’AViQ que la chambre statuerait sur l’annulation à moins qu’elle ne demande, dans les quinze jours, à être entendue ; aucune des parties ne l’a fait. En principe, ce scénario conduit, en vertu de l’article 30, § 3, des lois coordonnées, à l’annulation de l’acte attaqué. Le président de chambre Imre Kovalovszky a toutefois relevé que la décision avait déjà été retirée en septembre 2017. Un point restait en suspens : pour l’un des adjudicataires, l’AViQ ne pouvait produire la preuve de la notification recommandée du retrait, seulement le courriel par lequel cet adjudicataire en avait été informé. Vu le long délai écoulé et l’absence de tout recours contre le retrait, celui-ci pouvait être tenu pour définitif. Le recours avait ainsi perdu son objet : il n’y avait plus lieu de statuer. Les dépens, à savoir les droits de rôle de 400 euros, ont été mis à charge de l’AViQ.

Pourquoi c'est important ?

L’arrêt est bref, mais il montre un mécanisme que soumissionnaires et adjudicateurs doivent bien connaître. Une suspension en extrême urgence contraint l’adjudicateur à un choix : poursuivre la procédure et attendre le recours en annulation, ou retirer l’attribution et recommencer. L’AViQ a choisi la seconde voie, mais le recours en annulation n’a pas pour autant disparu du rôle de lui-même ; il a fallu plus de cinq ans avant que le Conseil d’État ne clôture formellement le dossier. L’arrêt illustre aussi le fonctionnement de la procédure abrégée de l’article 30, § 3 : lorsque l’auditeur conclut à l’annulation et que la partie adverse ne demande pas la poursuite, le Conseil peut annuler sans autre débat. L’AViQ n’y a échappé ici que parce que le retrait était entre-temps devenu définitif. Utile aussi, l’attitude souple du Conseil face à un défaut de notification : la preuve manquante d’envoi recommandé à un adjudicataire a été suppléée par un courriel et par l’écoulement du temps sans recours. C’est une issue pragmatique, mais pas évidente — dans un dossier plus récent, cette lacune aurait pu peser. Enfin, l’arrêt confirme ce que le Conseil répète dans sa jurisprudence ultérieure : l’adjudicateur qui retire son attribution après sa suspension supporte les dépens de la procédure.

La leçon

Si, comme adjudicateur, vous retirez une attribution suspendue, clôturez aussi proprement l’affaire sur le plan procédural : notifiez le retrait à tous les soumissionnaires et adjudicataires par courrier recommandé mentionnant les voies de recours, les formes et les délais, et conservez la preuve pour chaque destinataire. Ici, l’écoulement du temps a sauvé l’AViQ, mais vous ne voulez pas, cinq ans plus tard, débattre encore d’un accusé de réception manquant. Réagissez aussi au rapport de l’auditeur : qui ne demande pas la poursuite dans les trente jours donne au Conseil la possibilité d’annuler sans débat. Comme soumissionnaire écarté, sachez qu’une suspension en extrême urgence apporte souvent déjà le résultat pratique — l’attribution disparaît — et que le recours en annulation qui suit, même s’il se termine ‘sans objet’, vous restitue vos dépens. Ne comptez toutefois pas sur une clôture formelle rapide : plus de cinq ans se sont écoulés ici entre la suspension et l’arrêt final.

Posez-vous la question

Après le retrait d’une décision d’attribution, disposez-vous, pour chaque soumissionnaire et chaque adjudicataire, d’une preuve de notification recommandée mentionnant les voies et délais de recours ? Savez-vous qu’un rapport de l’auditeur concluant à l’annulation peut, sans demande de poursuite de votre part dans les trente jours, mener à une annulation par la procédure abrégée ? Réalisez-vous, comme soumissionnaire, qu’un recours devenu ‘sans objet’ par un retrait vous procure néanmoins vos droits de rôle et dépens à charge de l’adjudicateur ? Et tenez-vous compte de ce que la clôture formelle d’une telle procédure peut prendre des années ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →