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Kliko obtient la suspension puis refuse de payer le droit de rôle — et pourtant IOK Afvalbeheer règle la note

Arrêt nr. 255454 · 11 janvier 2023 · XIIe kamer

Après que Kliko Belgium eut obtenu, en extrême urgence, la suspension de l'attribution à Van De Vliet A.E. du lot 2 de l'accord-cadre pour les systèmes d'identification et de pesage des véhicules de collecte des déchets, IOK Afvalbeheer a retiré cette décision d'attribution ; Kliko a alors délibérément laissé impayé le droit de rôle de son recours en annulation, après quoi le Conseil d'État a tenu le recours pour non avenu et a dû lever la suspension — tout en mettant néanmoins les dépens de la phase d'extrême urgence, dont une indemnité de procédure de 700 euros, à charge d'IOK.

Que s'est-il passé ?

Le 22 décembre 2021, IOK Afvalbeheer, l'intercommunale de gestion des déchets de la Campine, a approuvé le rapport d'attribution et attribué le lot 2 de l'accord-cadre 'systèmes d'identification et de pesage pour véhicules de collecte des déchets' — le système d'identification des camions de collecte en porte-à-porte des conteneurs à papier — à Van De Vliet A.E., auteur de l'offre régulière économiquement la plus avantageuse sur la base du meilleur rapport qualité-prix. Kliko Belgium a contesté cette attribution et obtenu gain de cause : par l'arrêt n° 252.912 du 8 février 2022, le Conseil d'État a suspendu l'exécution en extrême urgence. Deux semaines plus tard, le 22 février 2022, IOK Afvalbeheer a retiré la décision d'attribution. Kliko avait introduit la veille, le 21 février 2022, un recours en annulation, mais en a laissé le droit de rôle impayé : par courrier du 21 mars 2022, elle a confirmé expressément qu'elle 'ne procédera pas au paiement du droit de rôle' parce que la décision attaquée avait été retirée. La sanction de l'article 71, alinéa 4 de l'arrêté du Régent est alors implacable : le recours dont le compte n'est pas crédité dans les trente jours est tenu pour non avenu. Il ne restait dès lors juridiquement plus aucun recours en annulation, et l'article 17, § 4, alinéa 3 des lois coordonnées obligeait le Conseil à lever la suspension ordonnée auparavant. Le règlement des dépens a toutefois tourné à l'avantage de Kliko : eu égard au retrait de la décision attaquée, le Conseil a condamné IOK Afvalbeheer aux dépens de la demande d'extrême urgence — un droit de rôle de 200 euros, une contribution de 22 euros et une indemnité de procédure de 700 euros. L'affaire a été traitée entièrement par écrit ; aucune des parties n'a demandé d'audience.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt montre la fin de partie procédurale qui suit le retrait, par un pouvoir adjudicateur, de sa décision d'attribution après qu'elle a été suspendue. Le soumissionnaire évincé a alors atteint son objectif pratique et n'a plus guère d'intérêt à financer la procédure en annulation. Ne pas payer délibérément le droit de rôle est une sortie légitime et peu coûteuse : le recours est tenu pour non avenu et l'affaire s'éteint. Mais cette sortie a une conséquence automatique qu'il faut connaître : sans recours en annulation, le Conseil doit lever la suspension d'extrême urgence — il n'a là aucune marge d'appréciation. Qui prend ce risque alors que le retrait n'est pas encore définitif abandonne la protection de l'arrêt provisoire. La leçon sur les dépens compte tout autant : même si la procédure se termine sans décision au fond et à l'initiative de la partie requérante elle-même, le retrait fait de l'autorité la partie succombante. IOK a payé le droit de rôle de la demande d'extrême urgence, la contribution et l'indemnité de procédure demandée de 700 euros. La facture d'une attribution retirée échoit donc à qui l'a prise, non à qui l'a contestée.

La leçon

Si, en tant que soumissionnaire, vous obtenez la suspension en extrême urgence et que l'autorité retire ensuite sa décision d'attribution, pesez si le recours en annulation apporte encore quelque chose. Laisser le droit de rôle impayé est une manière admise de clore la procédure, mais ne le faites que lorsque le retrait est définitif : la levée de la suspension suit automatiquement, et sans retrait définitif vous vous retrouvez sans rien. Demandez toujours une indemnité de procédure dans la phase d'extrême urgence — vous la récupérez même si l'affaire s'éteint ensuite. En tant que pouvoir adjudicateur, sachez qu'un retrait met fin au litige mais pas à la facture : partie succombante, vous supportez le droit de rôle, la contribution et l'indemnité de procédure de la procédure en suspension.

Posez-vous la question

Savez-vous que votre recours est tenu pour non avenu si vous ne payez pas le droit de rôle dans les trente jours — et que le Conseil d'État doit alors lever la suspension d'extrême urgence ? Avez-vous vérifié que le retrait de la décision d'attribution est définitif avant de laisser s'éteindre la procédure en annulation ? Avez-vous demandé une indemnité de procédure dans votre requête d'extrême urgence, afin de la récupérer même après un retrait ? Et en tant qu'autorité : intégrez-vous qu'un retrait après suspension vous laisse payer les dépens de la procédure, même sans arrêt au fond ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →