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Cahier des charges marché public — administratif, technique

Qu'est-ce qu'un cahier des charges en marché public ? Différence entre cahier administratif et technique, structure, cahiers types et comment le lire.

27 avril 2026

Le cahier des charges est le document qui définit un marché public : ce qui est demandé, comment se fait la sélection, comment se déroule l’attribution, et comment se passe l’exécution. Pour les soumissionnaires, c’est la pièce la plus importante de toute la procédure — il détermine s’ils peuvent participer, sur quels critères ils sont évalués, et ce qui les attend financièrement et juridiquement s’ils remportent le marché.

Lire un cahier des charges sans rigueur, c’est soumissionner sur des hypothèses. Et les hypothèses mènent à l’exclusion, à des contrats déficitaires ou à des litiges. Cet article décrit ce qu’est un cahier des charges, comment il est structuré — avec une explication explicite de la distinction entre cahier administratif et cahier technique — et comment l’aborder en pratique.

Qu’est-ce qu’un cahier des charges précisément ?

Selon le SPF BOSA, le cahier des charges est “un document établi par l’adjudicateur dans lequel ce dernier précise quels sont ses besoins ainsi que les conditions spécifiques du marché”. C’est le document central sur lequel les soumissionnaires basent leur offre, et il devient contraignant dès l’attribution : l’offre retenue forme avec le cahier des charges le contrat.

Dans le jargon juridique belge, on parle souvent de cahier spécial des charges (CSC) pour désigner la partie spécifique au marché concerné, par opposition à un cahier des charges type qui couvre toute une catégorie d’opérations. En néerlandais, le terme équivalent est “bestek” (et parfois “lastenboek”), tandis qu’en anglais on parle de “tender specifications” ou “tender documents”.

Cahier des charges versus documents du marché — pas la même chose

Une confusion fréquente consiste à assimiler “cahier des charges” et “documents du marché”. C’est faux : le cahier des charges est l’un des éléments d’un ensemble plus large.

ÉlémentContenuBase légale
Avis de marchéPublication via TED, e-Notification ou autre plateformeArticle 60 Loi 2016
Cahier des chargesPartie administrative et techniqueArticles 53-58 AR Passation 18/04/2017
Formulaire d’offreDocument complété et signé par le soumissionnaireArticle 77 AR Passation
Métré récapitulatifListe de postes et quantités sur lesquels le soumissionnaire indique des prix unitaires (surtout pour les travaux)Article 81 AR Passation
Plans et dessinsPour les travaux : plans architecturaux, plans de situation, coupesArticles 53-54 AR Passation
Plan de sécurité et de santé (PSS)Pour les chantiers à partir de certains seuilsAR du 25 janvier 2001 (chantiers temporaires ou mobiles)
DUMEDocument Unique de Marché Européen pour les marchés au-dessus du seuil européenArticle 73 Loi 2016

Quand l’adjudicateur fait référence “au cahier des charges”, il vise généralement la partie administrative et technique uniquement. Quand il parle “des documents du marché”, il vise l’ensemble. Cette distinction est appliquée strictement par la jurisprudence : une obligation reprise dans une annexe mais pas dans le cahier des charges même peut avoir un poids juridique différent.

Le cahier des charges administratif

Le cahier des charges administratif (CCA) décrit les règles autour du marché. Il ne dit rien sur ce qu’il faut livrer — il dit tout sur le déroulement de la procédure, la sélection, l’attribution, et l’exécution. Un CCA classique contient :

Objet et classification

  • Brève description de l’objet.
  • Type de marché : travaux, fournitures ou services.
  • Codes CPV (Common Procurement Vocabulary).
  • Valeur estimée (mentionnée ou non).
  • Division en lots, le cas échéant.
  • Durée du marché et reconductions éventuelles.

Procédure de passation

Quelle procédure est suivie : procédure ouverte, procédure restreinte, procédure concurrentielle avec négociation, dialogue compétitif, partenariat d’innovation, procédure négociée simplifiée avec ou sans publication préalable, ou accord-cadre. Chaque procédure a ses propres délais, formalités et marges de négociation.

Conditions d’accès

  • Motifs d’exclusion (articles 67-69 Loi du 17 juin 2016) : obligatoires (organisation criminelle, corruption, fraude, blanchiment, traite des êtres humains), liés aux dettes fiscales et sociales, et facultatifs.
  • Critères de sélection (article 71) : aptitude professionnelle, capacité économique et financière, capacité technique et professionnelle.
  • Recours à des tiers (article 78) : conditions pour invoquer la capacité d’un sous-traitant ou partenaire.

Évaluation de l’offre

  • Critères d’attribution avec pondérations — prix le plus bas, meilleur rapport qualité-prix (MRQP), ou coût le plus bas basé sur le coût du cycle de vie.
  • Éventuellement des sous-critères avec pondérations.
  • Méthodologie d’évaluation (formules, scoring).
  • Variantes et options : si autorisées, à la demande de l’adjudicateur ou à l’initiative du soumissionnaire (article 56 Loi 2016).

Délais et tours de questions

  • Délai d’introduction des offres.
  • Délai pour poser des questions via le forum.
  • Date à laquelle les notes d’information sont publiées.
  • Délai de validité de l’offre (typiquement 90 ou 120 jours).

Clauses financières

  • Cautionnement : généralement 5 % du montant initial du marché (3 % pour les accords-cadres), sauf disposition contraire — depuis novembre 2023, l’adjudicateur ne doit plus motiver une dérogation.
  • Délais de paiement : à partir du 1er janvier 2025, un délai unique de traitement de 30 jours calendrier pour la vérification et le paiement combinés.
  • Révision des prix : si le marché est révisable et selon quelle formule (souvent avec indices comme l’indice I pour les matériaux ou l’indice S pour les salaires dans la construction).
  • Intérêts de retard en cas de paiement tardif.

Clauses d’exécution

  • Délai d’exécution (jours calendrier ou ouvrables).
  • Modifications du marché (article 38 AR Exécution 2013) : modifications autorisées, ajustements de prix, écarts de quantités.
  • Pénalités pour exécution tardive (0,1 % par jour calendrier jusqu’à un maximum de 7,5 %) et exécution défectueuse.
  • Réception : provisoire et définitive, avec période de garantie.
  • Règlement des litiges : mise en demeure préalable, juridiction compétente.

Renvois à la réglementation

Le cahier des charges administratif renvoie typiquement à :

  • Loi du 17 juin 2016 (Loi marchés publics).
  • AR du 18 avril 2017 (Passation secteurs classiques).
  • AR du 14 janvier 2013 (Règles générales d’exécution — RGE).
  • Loi du 17 juin 2013 (motivation, information et voies de recours — délai d’attente de 15 jours).

Ce qui n’est pas explicitement réglé dans le cahier des charges relève automatiquement de cette réglementation.

Le cahier des charges technique

Le cahier des charges technique (CCT) décrit l’objet du marché. C’est la spécification matérielle : que faut-il livrer, construire ou prester, et à quelles exigences de qualité ?

Pour les grands chantiers, le cahier technique est généralement subdivisé :

  • CCT Architecture — gros œuvre, façades, toitures, finitions.
  • CCT Techniques — chauffage, ventilation, sanitaire, électricité, sécurité incendie, ascenseurs et installations de levage. Cette partie est souvent encore divisée par discipline (CCT HVAC, CCT Électricité, etc.).
  • CCT Aménagement extérieur — voiries, plantations, drainage autour d’un bâtiment.
  • Plan de Sécurité et de Santé (PSS) — mesures de prévention sur le chantier, formellement une annexe distincte mais de nature technique.

Pour les fournitures et services, la structure est généralement plus simple et tout tient dans un seul document technique.

Que contient un cahier technique ?

  • Description de l’objet — portée exacte, ampleur, localisation.
  • Normes techniques — belges (NBN), européennes (EN), internationales (ISO). Exemple : NBN B62-002 pour l’isolation, EN 1090 pour l’exécution de constructions métalliques.
  • Exigences sur les matériaux — origine, qualité, certification, caractéristiques environnementales (marquage CE, FSC, REACH).
  • Exigences de performance — spécifications fonctionnelles (un local doit par exemple atteindre une certaine valeur d’isolation, indépendamment du matériau utilisé).
  • Quantités — renvoi au métré récapitulatif avec postes et unités.
  • Plans et dessins — plans d’architecture, dessins techniques de détail, coupes.
  • Conditions de chantier — accessibilité, horaires de travail, possibilités de stockage, phasage.
  • Essais et réception — quels tests sont effectués, par qui, et quand.
  • Période de garantie — typiquement 1 an pour des fournitures courantes, 5 à 10 ans pour les éléments de stabilité dans la construction.

La clause d’équivalence

Point crucial pour les soumissionnaires : l’article 53 de l’AR Passation 2017 interdit à l’adjudicateur de prescrire un fabricant ou une marque déterminée, sauf si c’est techniquement inévitable. Lorsqu’une marque est néanmoins mentionnée, la mention “ou équivalent” doit suivre. Le soumissionnaire peut alors proposer un produit équivalent, à condition de pouvoir en démontrer l’équivalence.

En pratique, beaucoup de soumissionnaires ignorent cette clause et proposent la marque prescrite, même lorsqu’un équivalent serait plus avantageux. Celui qui invoque l’équivalence doit le faire à temps et de manière étayée — typiquement avec des fiches techniques démontrant que l’alternative offre au minimum des prestations égales.

Les annexes

Outre les parties administrative et technique, le cahier des charges contient généralement des annexes :

  • Formulaire d’offre — le document à compléter avec vos prix, données et signature. Une offre introduite sans formulaire d’offre dûment complété peut être écartée comme irrégulière.
  • Métré récapitulatif ou inventaire — pour les travaux, une liste de postes avec quantités sur lesquels vous indiquez des prix unitaires ; pour les fournitures, une liste de produits avec quantités.
  • Modèle de garantie bancaire ou formulaire de cautionnement.
  • Formulaire DUME si le marché dépasse le seuil européen.
  • Plans et dessins, parfois en téléchargement séparé.
  • Parfois : documentation existante comme un rapport de sondage (étude de sol), des études antérieures, ou un cahier des charges pour services d’accompagnement (architecte, coordinateur sécurité).

Cahiers des charges types

Un cahier des charges type est un modèle standardisé utilisé de manière répétée pour des marchés de nature similaire. Il contient des prescriptions techniques harmonisées et des clauses administratives uniformes, complétées dans chaque marché par une partie spécifique.

Les principaux cahiers types belges :

  • Qualiroutes — voirie wallonne, géré par le Service public de Wallonie (SPW). Référence pour les marchés de voirie en Wallonie.
  • Standaardbestek 250 — voirie flamande, géré par l’Agentschap Wegen en Verkeer (AWV) de l’Autorité flamande.
  • Standaardbestek 260 — géré par De Vlaamse Waterweg, pour les marchés en hydraulique, écluses, quais.
  • Cahiers des charges types de l’Autorité fédérale — modèles sectoriels via le SPF BOSA (par ex. pour achats IT, nettoyage, services de traduction).

Pour les soumissionnaires, un cahier type signifie que la plupart des clauses techniques sont déjà connues et éprouvées. La partie spécifique au marché ne décrit que les dérogations et compléments. Cela accélère considérablement la préparation de l’offre — mais exige de maîtriser les chapitres pertinents du cahier type.

Apprendre à lire un cahier des charges — un plan d’action

Un soumissionnaire expérimenté consacre à une première lecture deux à quatre heures, et à une analyse approfondie d’un dossier intéressant encore quatre à huit heures. Plan d’action pour la première lecture :

  1. Objet et codes CPV — cela correspond-il à notre profil ? Sommes-nous dans les bonnes catégories CPV ?
  2. Type de procédure — conséquences sur les délais, possibilité de négocier, formalités.
  3. Critères de sélection et motifs d’exclusion — pouvons-nous participer ? Avons-nous l’agréation, le chiffre d’affaires, les références requis ?
  4. Critères d’attribution — sur quoi serons-nous évalués ? Quel poids pour le prix par rapport à la qualité ? Y a-t-il des sous-critères ?
  5. Quantités / métré à recalculer — la portée correspond-elle à notre estimation ? Y a-t-il une marge dans les quantités ?
  6. Clauses particulières — révision des prix, variantes, options, sous-traitance autorisée.
  7. Délais à fixer — date limite d’introduction, date limite des questions, délai d’exécution.
  8. Cautionnement et délais de paiement — quel impact sur la trésorerie ?

Pour une analyse approfondie, il faut y ajouter :

  • Contrôle détaillé du cahier technique complet.
  • Visite de chantier ou des lieux (souvent obligatoire ou fortement recommandée).
  • Introduction de questions via le forum officiel.
  • Construction de l’offre avec sous-traitants et fournisseurs.
Conseil — posez vos questions à temps. Un cahier des charges contient toujours des ambiguïtés. L'adjudicateur est tenu de répondre aux questions via le forum et de publier le cas échéant une note d'information ou un avis rectificatif. Le délai pour poser des questions se situe typiquement entre dix et vingt jours avant la date d'introduction. Attendre la dernière semaine est une erreur fréquente — si l'adjudicateur ne réagit plus, vous restez avec votre interprétation.

Rédiger un cahier des charges — pour les adjudicateurs

Pour ceux qui sont de l’autre côté et doivent rédiger un cahier des charges : ce n’est pas un exercice de remplissage. Un bon cahier des charges est suffisamment précis pour obtenir des offres exploitables, et suffisamment ouvert pour permettre l’innovation et la concurrence.

Principes pratiques :

  • Travaillez à partir d’exigences fonctionnelles lorsque c’est possible, plutôt que de prescriptions techniques. “Le local doit atteindre une isolation acoustique de Rw ≥ 50 dB” est meilleur que “à poser : plaque de plâtre type X du fabricant Y”.
  • Évitez les marques, ou utilisez systématiquement “ou équivalent” avec des critères d’équivalence clairs.
  • Gardez les critères d’attribution simples — trois critères avec des pondérations claires donnent de meilleures offres que sept critères avec des sous-critères qui se chevauchent.
  • Testez votre métré sur sa cohérence interne. Un métré incohérent conduit à des offres incomparables et à des litiges.
  • Prévoyez du temps pour les rondes de questions. Une note d’information bien réfléchie sauve souvent un marché.

Le SPF BOSA met à disposition des modèles de cahier des charges pour la plupart des types de marchés. Pour les marchés sectoriels (voiries, eau, IT), les cahiers types évoqués ci-dessus constituent le point de départ.

Un cahier des charges est-il toujours obligatoire ?

Sous le seuil des marchés publics de faible montant (30.000 € hors TVA, secteurs classiques), un cahier des charges n’est pas légalement obligatoire. La Loi du 17 juin 2016 recommande tout de même de fixer au minimum quatre éléments : l’objet, le critère d’attribution, les modalités de vérification et de paiement, et les éventuelles pénalités.

Au-dessus de ce seuil, un cahier des charges est de facto toujours nécessaire — non parce qu’un article spécifique l’impose, mais parce que sans cahier des charges il est impossible d’introduire des offres comparables et la procédure devient inexécutable.

Erreurs fréquentes des soumissionnaires

Lire uniquement le cahier administratif. Le cahier technique est souvent là où se nichent les vrais risques et opportunités. Un soumissionnaire qui se concentre uniquement sur la partie administrative manque les détails qui font la différence entre une offre gagnante et une offre déficitaire.

Ne pas recalculer le métré. Les adjudicateurs commettent des erreurs dans les quantités. Un poste erroné dans le métré peut entraîner pour le soumissionnaire retenu un gain ou un coût supplémentaire considérable. Pendant la phase d’offre, c’est la responsabilité du soumissionnaire de signaler les erreurs matérielles via le forum.

Ne pas télécharger les plans. Pour les travaux, les plans font partie des documents du marché. Une offre basée uniquement sur le cahier des charges sans les plans manque d’informations parfois cruciales.

Ne pas suivre le forum de questions. Les questions et réponses des autres soumissionnaires et les notes d’information modifient souvent des clauses essentielles. Celui qui ne suit pas toutes les notes base son offre sur des informations dépassées.

Ne pas invoquer l’équivalence. Lorsqu’une marque est prescrite alors qu’elle est plus chère ou plus difficile à fournir, la clause d’équivalence est un levier sous-utilisé.

Sous-estimer les délais. Entre la publication du cahier des charges et la date d’introduction, il s’écoule typiquement 35 à 60 jours calendrier. Pour un cahier complexe, c’est court si vous ne commencez qu’à la deuxième semaine.

Sources

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre cahier des charges administratif et technique ?

Le cahier des charges administratif (CCA) contient les règles autour du marché : procédure, critères de sélection, critères d'attribution, paiements, cautionnement, révision des prix, pénalités et règlement des litiges. Le cahier des charges technique (CCT) décrit l'objet lui-même : spécifications techniques, matériaux, normes, exigences de performance, quantités et plans. Les deux ensemble forment le cahier des charges.

Un cahier des charges est-il obligatoire ?

Pour les marchés au-dessus de 30.000 € hors TVA, un cahier des charges est en pratique toujours nécessaire. Pour les marchés publics de faible montant (sous 30.000 € HTVA), il n'existe pas d'obligation légale, mais la loi du 17 juin 2016 recommande de fixer au minimum l'objet, le critère d'attribution, les modalités de vérification et de paiement, et les éventuelles pénalités.

Quelle est la différence entre cahier des charges et documents du marché ?

Les documents du marché sont l'ensemble des documents de l'adjudication : avis de marché, cahier des charges, annexes, plans, formulaire d'offre, métré récapitulatif et éventuellement un plan de sécurité et de santé. Le cahier des charges est le document central avec les règles du marché.

Qu'est-ce qu'un cahier des charges type ?

Un cahier des charges type est un modèle standardisé utilisé de manière répétée pour des marchés de nature similaire. Les plus connus en Belgique sont Qualiroutes pour la voirie wallonne (Service public de Wallonie), Standaardbestek 250 pour la voirie flamande (Agentschap Wegen en Verkeer) et Standaardbestek 260 pour les voies hydrauliques flamandes. Ils contiennent des prescriptions techniques harmonisées et des clauses administratives uniformes.

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