Rejet Chambre francophone

Oubliez 'extrême urgence' dans l'intitulé de votre requête — et toute votre suspension s'effondre sur une faute typographique

Arrêt nr. 232996 · 20 novembre 2015 · VIe kamer (en référé)

Le Conseil d'État refuse de suspendre l'attribution d'un marché de costumes à un atelier social parce que la requérante n'a pas identifié sa demande comme étant en 'extrême urgence' dans l'intitulé — la transformant en suspension ordinaire, simplement irrecevable en matière de marchés publics.

Que s'est-il passé ?

Le Bureau du Parlement wallon a décidé le 10 mars 2015 d'acquérir des costumes pour ses huissiers et chauffeurs par procédure négociée sans publicité. Deux soumissionnaires ont déposé une offre : l'ASBL Pour Demain Atelier du Val du Geer (atelier social) et la SPRL Philippe Antoine. L'offre d'Antoine a été déclarée irrégulière pour non-conformité à une prescription technique essentielle ; le marché a été attribué à Val du Geer le 29 juin 2015. Le 1er septembre 2015 Antoine a introduit une requête en suspension et annulation — mais l'intitulé indiquait uniquement 'demande de suspension', pas 'demande de suspension d'extrême urgence'. Le Conseil d'État (VIe chambre) a tranché sur un fondement purement procédural. L'article 15, alinéa 2 de la loi du 17 juin 2013 sur la motivation, l'information et les voies de recours en matière de marchés publics (applicable ici via l'article 31 pour les marchés sous-seuil) impose que les demandes de suspension en matière de marchés publics soient introduites EXCLUSIVEMENT selon la procédure d'extrême urgence. L'article 16, §1 de l'arrêté royal du 5 décembre 1991 précise : 'Lorsque l'intitulé de la requête ne précise pas qu'il s'agit d'une demande de suspension d'extrême urgence, cette requête est traitée selon les règles prévues dans les chapitres Ier et II' — soit comme une suspension ordinaire. La combinaison est fatale : pas d'extrême urgence dans l'intitulé = requalification automatique en suspension ordinaire = irrecevabilité en matière de marchés publics. La demande a été rejetée sans aucun examen au fond.

Pourquoi c'est important ?

C'est un cas d'école de patere legem : la loi est claire, l'équité n'offre aucune échappatoire. Dix ans plus tard, la même règle s'applique toujours (voir arrêts 263923 et 266284). La force de vos moyens et la rapidité de votre dépôt sont sans pertinence — si l'intitulé de la requête ne contient pas les mots 'extrême urgence' (ou 'uiterst dringende noodzakelijkheid' en néerlandais), la requête est traitée comme une suspension ordinaire et est irrecevable de ce seul fait. Pas d'examen au fond, aucune possibilité de régularisation — juste l'écartement. La forme prime ici sur le fond, non par exception mais par choix délibéré du législateur.

La leçon

Si vous contestez une attribution de marché public par suspension : écrivez 'EXTRÊME URGENCE' (ou 'UITERST DRINGENDE NOODZAKELIJKHEID') en MAJUSCULES dans l'intitulé de la requête, directement après 'Requête en suspension'. Pas quelque part dans le corps, pas dans une conclusion, pas implicitement en invoquant l'article 15 — mais explicitement et visiblement dans le titre. Avocats : faites-en un point de contrôle. Bid managers : demandez expressément à votre conseil si cette mention est correctement placée — cela ne coûte rien et sauve toute votre cause.

Posez-vous la question

Ouvrez la première page de votre requête en suspension. Cherchez visuellement les mots exacts 'extrême urgence' ou 'uiterst dringende noodzakelijkheid' dans l'intitulé (au-dessus ou juste sous 'Requête en suspension'). Pas trouvés en 5 secondes ? Votre requête est automatiquement requalifiée en suspension ordinaire et est irrecevable.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →