Rejet Chambre néerlandophone

Mensura se heurte à l’échelle ordinale : ‘très bien’ ne doit pas découler mathématiquement des plus et des moins

Arrêt nr. 255268 · 14 décembre 2022 · XIIe kamer

Le Conseil d’État a rejeté la demande en extrême urgence de Mensura contre l’attribution à IDEWE du service externe de prévention de Houthalen-Helchteren : une échelle d’appréciation ordinale (très bien = 100 %, bien = 75 %) n’exige aucun lien mathématique avec le nombre de points forts et faibles, et les éléments d’appréciation que le cahier des charges ne formule pas comme sous-critères pondérés ne doivent pas être examinés de manière systématique et limitative.

Que s'est-il passé ?

En 2022, la commune de Houthalen-Helchteren, agissant comme centrale d’achat, a cherché, par procédure négociée sans publication, un service externe de prévention et de protection au travail, ainsi que le remplacement du conseiller en prévention interne et de la personne de confiance. Le cahier des charges prévoyait cinq critères d’attribution — le prix (15 points, subdivisé en 1A à 1D), la qualité du service (35), la coopération, l’accessibilité, la communication, le rapportage et les logiciels (40), et deux fois la composition de l’équipe (5 chacun) — et une échelle ordinale : ‘très bien’ rapportait 100 % des points, ‘bien’ 75 %, ‘suffisant’ 50 %. Quatre soumissionnaires ont remis offre ; trois ont été jugées régulières. Le premier rapport d’attribution du 6 juillet 2022 plaçait IDEWE en tête avec 94,02 points, devant Mensura (78,75). La commune a attribué à IDEWE le 28 septembre, a retiré cette décision le 13 octobre après un courrier des conseils de Mensura, puis, après un rapport retravaillé du 19 octobre (IDEWE 86,52, Mensura 78,75), a de nouveau attribué à IDEWE le 24 octobre. Mensura a saisi le Conseil d’État : les cotes reposeraient sur des éléments d’appréciation sans fondement dans le cahier des charges, une véritable comparaison des offres ferait défaut, et il serait disproportionné que sa note pour le critère 3 — un alinéa au-delà des 15 pages demandées — lui coûte 10 points. Le Conseil n’a rien suivi. Le rapport d’attribution comparait bel et bien les offres, partie par partie, avec des motifs verbaux (‘plus étendu que les autres soumissionnaires’, ‘moins étendu’). L’échelle ordinale n’exige aucun lien mathématique entre le nombre de points forts et faibles et la cote, pour autant que la motivation verbale puisse porter l’appréciation globale — et Mensura n’avait pas attaqué le choix de cette échelle. Les éléments d’appréciation n’étaient en outre pas formulés comme des sous-critères dotés d’une pondération propre, de sorte qu’ils ne devaient pas être examinés de manière systématique et limitative, et que des éléments connexes pouvaient aussi compter. Le dépassement de pages n’était pas la cause de l’écart de points ; celle-ci résidait surtout dans le logiciel nettement plus étendu d’IDEWE, et l’affirmation de Mensura selon laquelle MyMensura offrait les mêmes possibilités est restée sans éléments concrets. La critique du critère 1A (1,25 point) ne pouvait de toute façon pas combler l’écart de 7,77 points et manquait donc d’intérêt. La demande a été rejetée ; Mensura supporte le droit de rôle de 200 euros, la contribution de 24 euros et une indemnité de procédure de 770 euros.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt est le miroir de la jurisprudence sur les sous-critères cachés — et la date le rend piquant : un jour plus tard, la même chambre, dans l’arrêt n° 255.286, suspendait une attribution de la zone de police MIDOW parce qu’un critère avait été silencieusement découpé en sous-critères pondérés. La différence tient à la rédaction du cahier des charges. Qui énumère des éléments d’appréciation comme points d’attention non limitatifs au sein d’un critère conserve un large pouvoir d’appréciation : chaque élément ne doit pas être expressément discuté et des atouts connexes peuvent compter. Qui, en revanche, applique après coup une pondération par élément crée des sous-critères qui auraient dû être annoncés à l’avance. L’arrêt confirme aussi le rôle limité du Conseil dans les appréciations qualitatives : il contrôle de façon marginale, et une échelle ordinale fixant à 25 % l’écart entre ‘très bien’ et ‘bien’ amplifie légalement de petites différences de qualité tant que personne n’attaque la clause elle-même. Pour les soumissionnaires, une leçon pratique : qui prétend que son logiciel égale celui du vainqueur doit l’étayer par des éléments concrets — une simple affirmation ne suffit pas en extrême urgence.

La leçon

Pour les soumissionnaires : lisez comment le cahier des charges construit ses critères. S’il énumère des éléments d’appréciation non limitatifs (‘tels que, sans être limitatif’), attendez-vous à une appréciation large et étoffez chaque partie — et documentez vos atouts concrètement, car en référé seul compte ce que vous rendez plausible. Si vous jugez disproportionnés les effets d’une échelle ordinale (25 % par échelon), attaquez à temps la clause du cahier des charges elle-même plutôt que l’écart de cotes après coup. Pour les pouvoirs adjudicateurs : cet arrêt récompense une rédaction soignée. Formulez les éléments d’appréciation expressément comme non limitatifs et sans pondération propre, comparez les offres verbalement partie par partie, et vous serez solide — même après un retrait et une réattribution antérieurs dans le même dossier.

Posez-vous la question

Savez-vous si l’énumération du cahier des charges contient des sous-critères pondérés ou des éléments d’appréciation non limitatifs — et ce que cette différence signifie pour le pouvoir d’appréciation de l’autorité ? Pouvez-vous étayer chaque atout que vous revendiquez (par exemple les possibilités de votre logiciel) par des pièces concrètes ? Réalisez-vous qu’une échelle ordinale peut produire 25 % d’écart par échelon et que vous devez attaquer l’échelle elle-même si vous la jugez disproportionnée ? Et calculez-vous si votre critique d’un seul sous-critère peut seulement combler l’écart total de points — faute de quoi elle manque d’intérêt ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →