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Marché de restauration retiré à la fosse Saint-Emmanuel : un seul arrêt suffit pour la suspension et l’annulation, et l’indemnité de procédure s’avère indexée

Arrêt nr. 255354 · 21 décembre 2022 · VIe kamer

Après que l’Agence wallonne du Patrimoine a retiré son attribution du 24 décembre 2021 pour la restauration du châssis à molette et des toitures de la fosse Saint-Emmanuel, le Conseil d’État, appliquant l’article 30, § 5, a statué par un seul arrêt sur la demande en extrême urgence et sur le recours en annulation des bureaux Architecture et Création et Barattucci — sans objet, mais avec une indemnité de procédure indexée de 770 euros à charge de l’AWAP, sans toutefois double indemnité ni majoration de 20 pour cent.

Que s'est-il passé ?

Le 24 décembre 2021, la ministre wallonne Valérie De Bue a signé la décision de l’Agence wallonne du Patrimoine d’attribuer le marché de services de ‘restauration du châssis à molette, restauration de toitures et réalisation de dispositifs durables (système de récolte et de distribution des eaux pluviales)’ à la fosse Saint-Emmanuel à l’association momentanée des bureaux Architectes Associés, VIA et Techniques générales et Infrastructures. Les bureaux Architecture et Création et Marcel Barattucci, Ingénieur Architecte & Associés ont demandé le 10 janvier 2022 la suspension en extrême urgence et le 17 février 2022 l’annulation. Ce même 17 février, l’AWAP a retiré la décision attaquée ; le retrait a été notifié le 18 février 2022 par courriers recommandés à tous les soumissionnaires concernés, avec mention des voies de recours, de leurs formes et délais. Personne n’a attaqué le retrait, qui est donc devenu définitif. Sur la base de l’article 30, § 5 des lois coordonnées, le Conseil d’État a pu statuer par un seul et même arrêt sur les deux demandes, sans demande de poursuite de la procédure et sans la taxe y afférente : toutes deux étaient devenues sans objet. Pour les dépens, le retrait valait succédané d’une annulation contentieuse, l’AWAP étant la partie succombante. Les requérantes réclamaient une double indemnité de procédure (pour la suspension et pour l’annulation), mais ne l’ont pas obtenue : elles n’avançaient aucun élément le justifiant. Pas de majoration de 20 pour cent non plus, l’article 67, § 2, alinéa 3 de l’arrêté du Régent l’excluant lorsque l’acte attaqué a été retiré. Le Conseil a en revanche appliqué l’indexation : depuis l’arrêté ministériel du 22 juin 2022, en vigueur le 9 juillet 2022, le montant de base s’élève à 770 euros au lieu de 700. L’AWAP paie donc une indemnité de procédure de 770 euros (à concurrence de la moitié à chacune des requérantes), les droits de rôle de 400 euros et la contribution de 22 euros.

Pourquoi c'est important ?

Au-delà du mécanisme désormais classique du retrait valant annulation déguisée, cet arrêt contient trois enseignements qui touchent directement la pratique. D’abord l’économie de procédure de l’article 30, § 5 : lorsque l’acte attaqué est retiré alors que la suspension et l’annulation sont pendantes, le Conseil peut vider les deux demandes en un seul arrêt, sans demande de poursuite ni taxe correspondante — une économie de temps et d’argent que les requérants doivent connaître. Ensuite les limites de l’indemnité de procédure : deux procédures ne signifient pas automatiquement deux indemnités, et la majoration de 20 pour cent concevable dans un contentieux ordinaire tombe expressément lorsque l’acte a été retiré. Qui veut plus que le montant de base doit l’étayer concrètement. Enfin, presque en passant mais pratiquement important : l’indexation du montant de base de 700 à 770 euros depuis le 9 juillet 2022 — l’arrêt l’applique à une procédure introduite avant cette date, confirmant que c’est le montant en vigueur à la date de l’arrêt qui compte, non celui de la requête. Le contraste avec l’arrêt jumeau no 255.353 du même jour, où 700 euros ont été accordés parce que le requérant avait lui-même réclamé ce montant, montre combien la formulation de la demande de dépens importe.

La leçon

Pour les requérants : en combinant une demande d’extrême urgence et un recours en annulation, formulez soigneusement votre demande d’indemnité de procédure — réclamez le montant de base indexé en vigueur (et non un montant dépassé), mais ne comptez ni sur une double indemnité ni sur une majoration de 20 pour cent lorsque l’adjudicateur retire l’acte ; étayez concrètement tout écart par rapport au montant de base. Pour les adjudicateurs : un retrait met fin aux deux procédures d’un seul geste et limite la facture à une indemnité de base plus les droits de rôle et contributions — ce qui rend le retrait non seulement correcteur mais aussi financièrement prévisible. Notez enfin que la notification à tous les soumissionnaires avec mention des voies de recours a de nouveau été la clé pour rendre le retrait définitif.

Posez-vous la question

Savez-vous que, lorsque l’acte attaqué est retiré, le Conseil d’État peut vider la suspension et l’annulation par un seul arrêt, sans demande de poursuite ni taxe supplémentaire ? Réclamez-vous le montant de base correct et indexé de l’indemnité de procédure — en réalisant que c’est le montant en vigueur à la date de l’arrêt qui s’applique ? Savez-vous qu’une double indemnité pour la suspension et l’annulation exige une justification, et que la majoration de 20 pour cent est exclue lorsque l’acte a été retiré ? Et en tant qu’adjudicateur, vérifiez-vous que votre retrait a été notifié à tous les soumissionnaires avec mention des voies de recours ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →