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G4S n'a pas fait suivre sa suspension d'extrême urgence d'un recours en annulation : le Conseil doit lever la suspension, mais le Service des Pensions, qui avait déjà retiré sa décision, paie les dépens

Arrêt nr. 255456 · 11 janvier 2023 · XIIe kamer

Après que le Conseil d'État eut suspendu en extrême urgence, à la demande de G4S Secure Solutions, l'attribution à Seris Security du marché de gardiennage de la Tour du Midi, G4S n'a jamais introduit de recours en annulation, de sorte que le Conseil était tenu, en vertu de l'article 17, § 4, alinéa 3 de ses lois coordonnées, de lever la suspension — mais comme le Service fédéral des Pensions avait entre-temps retiré lui-même la décision d'attribution, il a néanmoins supporté tous les dépens, y compris une indemnité de procédure de 770 euros.

Que s'est-il passé ?

Le 25 avril 2022, le Service fédéral des Pensions a décidé d'attribuer le marché public de services ‘accueil et gardiennage dans la Tour du Midi’ (réf. SFPD/S2100/2022/02) non pas à G4S Secure Solutions mais à Seris Security. G4S l'a appris par courrier du 26 avril 2022 et s'est tournée le 10 mai 2022 vers le Conseil d'État avec une demande de suspension en extrême urgence. Avec succès : par l'arrêt n° 253.985 du 13 juin 2022, le Conseil a suspendu l'exécution de la décision d'attribution. La suite a pris une tournure procédurale inattendue. G4S n'a jamais introduit de requête en annulation — pourtant l'étape logique après une suspension d'extrême urgence. Dans ce cas, l'article 17, § 4, alinéa 3 des lois coordonnées ne laisse aucun choix au Conseil : la suspension prononcée doit être levée. L'affaire a été traitée par écrit, sur proposition du président de chambre Paul Lemmens et sans qu'aucune partie ne demande d'audience, et prise en délibéré le 6 décembre 2022. Entre-temps, par courrier du 2 novembre 2022, la partie adverse avait signalé un élément important : le comité de gestion du Service fédéral des Pensions avait déjà retiré la décision d'attribution attaquée le 27 juin 2022 — deux semaines après l'arrêt de suspension. Ce retrait a déterminé la répartition des dépens. Bien que la suspension ait été formellement levée, le Conseil a mis tous les frais de la demande d'extrême urgence à charge du Service des Pensions : le droit de rôle de 200 euros, la contribution de 22 euros et l'indemnité de procédure de 770 euros demandée par G4S. La partie intervenante Seris Security a conservé à sa charge son propre droit de rôle de 150 euros.

Pourquoi c'est important ?

L'arrêt met à nu un mécanisme procédural que les soumissionnaires ont tendance à sous-estimer : une suspension d'extrême urgence est une mesure provisoire, pas un terminus. Celui qui ne fait pas suivre l'arrêt de suspension d'un recours en annulation voit la suspension tomber de plein droit — l'article 17, § 4, alinéa 3 ne laisse au Conseil aucune marge d'appréciation. En l'espèce, cela est resté sans conséquence pour G4S, parce que l'autorité avait elle-même retiré l'attribution après l'arrêt de suspension, concédant de fait le litige. Mais la séquence aurait pu tourner autrement : si le Service des Pensions avait maintenu son attribution, la levée de la suspension aurait rouvert la voie à la conclusion du contrat avec Seris Security. Pour les pouvoirs adjudicateurs, l'arrêt confirme la logique constante des dépens en cas de retrait : l'autorité qui retire sa décision après une suspension compte comme la partie succombante et supporte le droit de rôle, la contribution et l'indemnité de procédure — même lorsque l'arrêt se borne formellement à lever la suspension.

La leçon

Pour les soumissionnaires, la leçon est procédurale et dure : ne considérez jamais une suspension d'extrême urgence gagnée comme la fin de l'histoire. Introduisez à temps un recours en annulation, sinon le Conseil est tenu de lever la suspension et l'attribution suspendue revit — à moins que l'autorité ne vous rende service, comme ici, en retirant elle-même sa décision. Compter là-dessus n'est pas une stratégie. Après un retrait, suivez aussi les dépens : l'indemnité de procédure (ici 770 euros), le droit de rôle et la contribution incombent à l'autorité. Pour les pouvoirs adjudicateurs : retirer sa décision après une suspension d'extrême urgence est souvent la sortie la plus sage, mais budgétez les frais qui s'y attachent, et n'oubliez pas que le bénéficiaire intervenant supporte son propre droit d'intervention.

Posez-vous la question

Après avoir obtenu une suspension d'extrême urgence, le délai du recours en annulation figure-t-il dans votre agenda, sachant que la suspension est sinon obligatoirement levée ? Réalisez-vous qu'une suspension levée fait revivre la décision d'attribution suspendue si l'autorité ne la retire pas elle-même ? Savez-vous que même dans un arrêt qui se borne à lever la suspension, vous pouvez récupérer votre indemnité de procédure lorsque l'autorité a retiré la décision attaquée ? Et en tant que pouvoir adjudicateur : après un arrêt de suspension, avez-vous pesé si retirer et recommencer n'est pas moins cher et plus sûr que de poursuivre la procédure ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →