Rejet Chambre néerlandophone

Livraison en bulk avec ou sans préparation sur place : la restauration Fedasil revient à Aramark, et l'offre irrégulière d'Umami bloque toute autre critique

Arrêt nr. 256766 · 13 juin 2023 · XIIe kamer

Le Conseil d'État rejette la suspension en extrême urgence d'Umami contre l'attribution à Aramark des marchés de restauration Fedasil pour les centres d'accueil de Jabbeke (2.150.283,80 € TVAC) et de Glons (3.803.491,88 € TVAC) : parce qu'Umami était elle-même substantiellement irrégulière pour avoir proposé une préparation sur place au lieu d'une livraison en vrac prête à consommer, elle ne peut invoquer la différence de traitement relative aux corrections Excel comme une inégalité.

Que s'est-il passé ?

Le SPF Intérieur, via Fedasil, a lancé un marché de restauration pour deux centres d'accueil, estimés respectivement à 2.250.000 € pour Jabbeke et 4.500.000 € pour Glons. Après une première décision d'attribution du 1er mars 2023 suspendue par le Conseil, le pouvoir adjudicateur a pris de nouvelles décisions le 28 avril 2023 et a de nouveau attribué les deux lots à Aramark — pour 2.150.283,80 € et 3.803.491,88 € TVAC. Umami a une nouvelle fois été déclarée substantiellement irrégulière : son offre prévoyait une préparation sur place avec brigade de cuisine, tandis que le cahier spécial des charges exigeait une livraison en vrac de repas prêts. Umami a soulevé six moyens. Le plus frappant portait sur l'inégalité de traitement dans les corrections arithmétiques : le 9 janvier 2023, le pouvoir adjudicateur avait adressé à Aramark un courrier contenant des 'corrections tableur' — ajustements de cellules verrouillées et de formules erronées dans l'inventaire Excel fourni par l'administration — ainsi que des 'corrections soumissionnaire' — proposition de révision à la baisse de prix unitaires manifestement élevés pour des paquets à 30 % d'occupation. Aramark a marqué son accord ; Umami n'a reçu aucune correction. Le Conseil reconnaît que ces erreurs tableur étaient 'les mêmes pour tous les soumissionnaires', mais accepte l'explication du pouvoir adjudicateur : les offres d'Umami étant déclarées irrégulières d'entrée, aucune vérification des prix n'a été menée et toute correction à son égard était sans objet. Par ailleurs, dans la seconde décision d'attribution, le pouvoir adjudicateur a renoncé aux 'corrections soumissionnaire' (les prix unitaires initiaux ont été maintenus) pour n'exécuter que les seules corrections Excel. Le montant attribué correspond donc à l'inventaire de prix corrigé, de sorte que le sixième moyen (négociations interdites) manquait également en fait. La suspension est rejetée ; Umami est condamnée à 1.988 € de dépens (deux droits de rôle de 200 €, contributions de 48 €, indemnité de procédure de 1.540 €) et Aramark à 300 € de droit de rôle pour ses interventions.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt délivre une leçon sévère sur l'ordre des contrôles : une fois qu'une offre est substantiellement irrégulière, elle sort du champ des arguments habituels d'égalité de traitement concernant les erreurs de calcul, la vérification des prix et les corrections. Le pouvoir adjudicateur peut — et doit — achever le contrôle de régularité avant d'entamer la vérification des prix, et le soumissionnaire déclaré irrégulier en cours de route perd immédiatement le droit d'exiger une correction par la porte de service de l'article 34 AR Passation 2017. L'arrêt confirme par ailleurs une délimitation utile : les erreurs matérielles dans l'inventaire Excel établi par le pouvoir adjudicateur lui-même (cellules verrouillées, formules erronées) constituent bien des 'erreurs de calcul et erreurs purement matérielles dans les offres' au sens de l'article 34 § 2, même si elles proviennent techniquement du fichier du cahier des charges. Quant à l'argument de fond d'Umami — Aramark livrait aussi en vrac — le Conseil tient ferme sur la distinction essentielle : Aramark livrait en vrac prêt à consommer ; Umami livrait en vrac devant encore être préparé sur place. Ce n'est pas un détail mais une différence fondamentale dans la prestation.

La leçon

Pour un soumissionnaire, le contrôle de régularité est un plancher absolu : s'il échoue, aucun autre moyen — aussi juridiquement solide soit-il — ne tiendra. Lisez d'abord le cahier des charges pour sa prestation cœur (que faut-il réellement livrer ?) avant d'investir dans l'optimisation, la structure de coûts ou des variantes créatives. Pour les pouvoirs adjudicateurs, l'ordre est crucial : documentez d'abord l'évaluation de régularité, puis seulement le contrôle arithmétique et de prix, en motivant explicitement pourquoi des corrections sont opérées pour certains soumissionnaires et pas pour d'autres. Une inégalité formelle reste défendable tant qu'elle est substantiellement expliquée par une déclaration d'irrégularité antérieure.

Posez-vous la question

Mon offre répond-elle littéralement à la prestation cœur demandée par le cahier des charges (ici : livraison en vrac prête à consommer), ou est-ce que je pars déjà d'une interprétation propre (préparation sur place) que le pouvoir adjudicateur peut qualifier d'écart substantiel ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →