Rejet Chambre francophone

Concession tennis : délégation au bureau exécutif validée, tous les moyens rejetés

Arrêt nr. 259126 · 13 mars 2024 · VIe kamer

Le Conseil rejette le recours en annulation contre l'attribution d'une concession de gestion tennistique, en validant la délégation de pouvoirs au bureau exécutif de la régie communale autonome et en écartant les griefs relatifs aux critères d'attribution et à la motivation.

Que s'est-il passé ?

La régie communale autonome ANSPORTS de la ville d'Ans a attribué la concession de gestion du complexe tennistique F. Heine (lot 1 : activités tennistiques) à la SPRL K6 Suvius. La concession se situait en-dessous du seuil de l'article 3, § 1er de la loi du 17 juin 2016 relative aux contrats de concession. La SPRL Sofialex, ancienne concessionnaire classée troisième, a introduit un recours en annulation articulé en deux moyens. Le premier moyen invoquait l'incompétence du bureau exécutif de la régie pour attribuer la concession. Le Conseil a jugé que le conseil d'administration avait valablement délégué au bureau exécutif le lancement, le suivi et la conclusion de la concession par une décision du 3 avril 2019, après avoir lui-même fixé les éléments essentiels (critères d'attribution, division en lots). La délégation restait dans les limites autorisées par l'article 29 des statuts de la régie (combiné avec l'art. L1231-10 CDLD et l'art. 524bis du Code des sociétés, tel que modifié par le décret wallon du 29 mars 2018). Le second moyen comportait trois branches. La première branche alléguait une discrimination entre soumissionnaires pour un seul lot et pour les deux lots (accès au bâtiment dépendant du gestionnaire de la cafétéria) — rejetée en fait. La deuxième branche contestait la légalité des critères d'attribution, dénonçant une redondance entre le critère des heures d'ouverture/réservation en ligne et le critère de qualité du projet tennistique, et l'absence de pondération des sous-critères — le Conseil a jugé que les éléments d'appréciation listés dans le cahier des charges n'étaient pas des sous-critères mais des informations guidant les soumissionnaires, ne nécessitant ni pondération ni cotation séparée, et que la redondance partielle n'empêchait pas la comparaison. La troisième branche contestait la motivation formelle et matérielle du rapport d'attribution. Le Conseil a validé la motivation par référence (le rapport avait été communiqué avant la décision), a constaté que les erreurs de calcul dénoncées n'avaient aucune influence sur le résultat (plus de 20 points d'écart après correction), et a jugé que la mention du sponsoring dans le tableau n'avait pas été prise en compte comme critère d'évaluation. Tous les moyens ont été rejetés.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt illustre le contrôle exercé par le Conseil d'État sur l'attribution de concessions en-dessous du seuil, soumises aux principes généraux de transparence et d'égalité mais pas à la loi spécifique sur les concessions. Il clarifie que les éléments d'appréciation annoncés pour un critère d'attribution ne sont pas nécessairement des sous-critères nécessitant pondération, et qu'une délégation de pouvoirs au bureau exécutif d'une régie communale autonome est valable lorsque le conseil d'administration a préalablement fixé les éléments essentiels.

La leçon

Une délégation bien encadrée fonctionne : le conseil d'administration fixe le cadre, le bureau exécutif exécute. Les éléments d'appréciation qui précisent un critère ne sont pas des sous-critères — pas besoin de les pondérer si ce sont simplement des indications sur ce que l'offre doit couvrir. Et une erreur de calcul qui ne change pas le classement n'entraîne pas l'annulation.

Posez-vous la question

La délégation de pouvoirs est-elle formalisée et le conseil d'administration a-t-il fixé les éléments essentiels avant de déléguer ? Mes critères d'attribution distinguent-ils clairement entre critères pondérés et simples éléments d'appréciation ? Les erreurs de calcul dans le rapport d'attribution ont-elles été vérifiées et leur impact sur le classement évalué ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →