Rejet Chambre néerlandophone

Ne pas soumissionner parce que le cahier des charges est 'manifestement illégal', puis se plaindre — le Conseil parle d'un défaut de diligence

Arrêt nr. 231315 · 22 mai 2015 · XIIe kamer

Un concurrent qui n'a pas déposé de candidature pour la concession héliport réémise et n'a demandé la suspension que quatre mois après publication a été débouté — celui qui estime véritablement un cahier des charges illégal doit d'abord s'adresser au pouvoir adjudicateur ou au Conseil, et non laisser passer le délai pour se plaindre ensuite.

Que s'est-il passé ?

Depuis 2005, la commune de Knokke-Heist détenait une concession pour l'exploitation d'un héliport à Westkapelle. Après plusieurs transferts (Crown Heliservice → Heligroup → Knokke Heliport), elle devait se terminer le 31 août 2014. Une première attribution en 2014 a été attaquée en extrême urgence par Heliventure FTO ; la commune l'a retirée et a stoppé la procédure, en raison d'une vision spatiale révisée selon laquelle 'il n'y avait plus de place pour l'héliport à son emplacement actuel'. L'héliport a effectivement fermé le 31 août 2014, mais en septembre 2014 la commune a prolongé la concession de six mois (également attaquée en vain). Le 5 décembre 2014, elle a adopté une note de concession modifiée et l'a publiée le jour même au Bulletin des adjudications. Deux parties se sont portées candidates (Helixense et Knokke Heliport) ; Heliventure non. Le 20 février 2015, la concession est allée à Knokke Heliport et, le 16 avril 2015, Heliventure a attaqué cette attribution. Par ailleurs, le 3 février 2015 — deux mois après la publication — elle a sollicité séparément la suspension de la note de concession elle-même, objet de la présente procédure. Motivation de l'urgence : Heliventure invoquait la perte d'une 'commande de référence' (estimée à 27 500 € par an) et l'impossibilité de soumissionner à une procédure dont 'les antécédents heurtaient les règles d'ordre public'. Elle évoquait n'avoir reçu le dossier administratif complet que le 15 janvier 2015. Le Conseil a écarté cet argument. Heliventure avait délibérément choisi de ne pas se porter candidate — sans jamais soutenir que les conditions de la note rendaient une candidature impossible. Le préjudice allégué procédait donc d'abord de son propre comportement. De plus, la note avait été publiée le vendredi 5 décembre 2014, avec un délai de candidature au 23 décembre 2014. Heliventure a laissé ce délai expirer et n'a agi que plus d'un mois plus tard. L'argument 'nous n'avons eu le dossier complet que le 15 janvier' n'a pas convaincu : celui qui jugeait la procédure 'manifestement illégale' pouvait l'avoir signalé avant l'échéance — auprès du pouvoir adjudicateur ou du Conseil. La diligence requise faisait défaut. L'une au moins des conditions cumulatives de suspension n'était pas remplie ; la demande a été rejetée.

Pourquoi c'est important ?

Les entreprises qui jugent un appel 'manifestement illégal' raisonnent parfois : 'je ne veux pas être complice, je ne soumissionne pas, et après l'attribution je me plaindrai.' Cet arrêt ferme cette voie. Qui estime un cahier des charges illégal doit agir à temps — pendant la période de candidature, d'abord auprès du pouvoir adjudicateur lui-même puis, si besoin, devant le Conseil. Attendre l'expiration du délai puis se plaindre s'accompagne d'un manque de diligence qui sape l'urgence.

La leçon

Si vous soupçonnez un appel d'illégalité et envisagez de ne pas soumissionner : documentez pourquoi soumissionner est impossible et déposez une plainte motivée auprès du pouvoir adjudicateur avant la date limite de candidature. Si nécessaire, déposez simultanément une demande de suspension du cahier des charges lui-même. N'attendez pas après le délai, encore moins après l'attribution : vous aurez un problème de diligence qui anéantira l'urgence.

Posez-vous la question

Avez-vous vu, l'an dernier, un appel d'offres que vous jugiez 'impossible à intégrer' et pour lequel vous n'avez pas déposé de réclamation formelle avant l'échéance ? Documentez, même aujourd'hui, pourquoi vous n'avez pas soumissionné et adressez une note au pouvoir adjudicateur — non parce qu'il en sortira encore une suspension, mais comme réflexe pour la prochaine fois.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →