Rejet Chambre francophone

Deux pourcentages de remise différents pour le même catalogue = offre irrégulière — et avoir raison ne suffit pas si vous ne pouvez pas nommer la loi

Arrêt nr. 233032 · 25 novembre 2015 · VIe kamer (en référé)

Le Conseil d'État rejette la demande de suspension de Centr'Auto, dont l'offre pour de l'outillage de carrosserie a été écartée parce que les remises sur les catalogues différaient de celles présentées dans la commande fictive — une incohérence auto-générée empêchant la vérification des prix — et son moyen est partiellement irrecevable faute d'identifier les dispositions prétendument violées.

Que s'est-il passé ?

Le 12 février 2015 la Province de Hainaut a approuvé un cahier des charges pour un marché à bons de commande relatif à l'outillage de carrosserie et d'automobile pour toutes les institutions provinciales, attribué par adjudication ouverte avec publicité européenne. Durée : un an, renouvelable quatre fois. Le cahier 24662 prévoyait un mécanisme de comparaison spécifique : les soumissionnaires devaient (1) compléter une commande fictive (un panier d'items prédéfinis avec prix unitaires), (2) indiquer la remise sur le prix catalogue par item, et (3) joindre la liste des catalogues, numérotés, avec la remise par catalogue. Quatre soumissionnaires ont déposé une offre : Covalux, Henrard, Outimex et Centr'Auto. Le 30 juillet 2015 la Province a déclaré l'offre de Centr'Auto irrégulière et a attribué le marché à Henrard. Les motifs, communiqués par courrier du 1er octobre 2015 : 'la remise accordée sur les catalogues diffère de celle présentée dans la commande fictive. En outre, l'administration n'a pas été en mesure de vérifier les prix de la commande fictive sur base des informations remises par la société'. Par-dessus le marché, Centr'Auto avait modifié l'intitulé d'une colonne de l'inventaire — 'N° du catalogue et page du catalogue' devenait 'N° de page en annexe' — et n'avait joint que des extraits numérotés de catalogues plutôt que les catalogues eux-mêmes. Centr'Auto a sollicité la suspension d'extrême urgence le 16 octobre 2015 en soulevant un moyen unique : violation de la loi sur la motivation (29 juillet 1991), de la loi sur les marchés publics (15 juin 2006), inexactitude et contrariété des motifs et erreur manifeste d'appréciation. Son argument : le cahier des charges n'exigeait nulle part expressément que la remise sur la commande fictive soit identique à celle sur les catalogues. Le Conseil d'État (VIe chambre, président f.f. David De Roy) a procédé en deux temps. Premier temps — recevabilité : pour la loi de 2006, la requérante n'identifiait AUCUNE disposition concrètement violée ; les 'contrariétés dans les motifs' et 'erreur manifeste' n'étaient pas non plus étayées. Le moyen n'était dès lors recevable qu'en tant que basé sur la loi de 1991. Second temps — sérieux : la motivation permettait de comprendre les raisons de l'éviction — preuve en est, la critique factuelle détaillée que la requérante elle-même développait. Le Conseil a appliqué la règle constante selon laquelle 'le fait d'exposer une critique factuelle circonstanciée tend à dénier la pertinence du prétendu défaut formel de motivation'. Le moyen n'est pas sérieux. Suspension rejetée. Centr'Auto condamnée à 700 EUR d'indemnité et 200 EUR de frais.

Pourquoi c'est important ?

Deux leçons pour qui répond à des marchés à bons de commande avec commande fictive. LEÇON DE FOND : avec un modèle de comparaison catalogue + commande fictive, la cohérence entre les deux flux de remises est une exigence implicite, même si le cahier ne le dit pas littéralement. Raison : le pouvoir adjudicateur doit pouvoir vérifier que le tarif d'exécution (catalogue) correspond au tarif sur lequel l'attribution a été fondée (commande fictive). Deux séries de remises différentes rompent cette vérification et constituent dès lors une irrégularité substantielle au sens de l'article 95, §3 de l'arrêté royal du 15 juillet 2011. LEÇON DE PROCÉDURE : pour formuler un moyen en UDN, vous devez identifier par violation quelle disposition concrète de quelle loi est violée ET pourquoi. 'Violation de la loi sur les marchés publics' sans article est un moyen-couverture immédiatement irrecevable.

La leçon

Quand vous répondez à un marché à bons de commande avec commande fictive + catalogue, vérifiez deux choses avant dépôt : (1) les remises de l'inventaire sont-elles IDENTIQUES à celles de la liste des catalogues (par catalogue) ? Deux chiffres différents = vous demandez à être écarté ; (2) si vous modifiez un intitulé de colonne ou un champ de l'inventaire, NE LE FAITES PAS — toute déviation du gabarit officiel est un signal d'alerte. Et si vous contestez une éviction : citez par violation l'article concret (p. ex. 'art. 95, §3 AR 15/07/2011' ou 'art. 3, §2 loi 29/07/1991'), pas seulement le nom de la loi.

Posez-vous la question

Construisez un tableau croisé : items de la commande fictive à gauche, catalogues où ils apparaissent à droite. Comparez par item la remise dans l'inventaire avec la remise pour le catalogue correspondant. Différentes (même de 0,5%) ? Ajustez avant dépôt. Et si vous êtes écarté : revérifiez votre requête — chaque violation invoquée cite-t-elle un article concret ? Sinon, votre moyen est procéduralement mort.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →