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Deux demandes de suspension contre la même décision d'attribution le même jour d'audience — que fait le Conseil de la deuxième ?

Arrêt nr. 241062 · 21 mars 2018 · VIe kamer

Lorsque Misanet et Köse Cleaning demandent chacun la suspension le même jour d'audience contre la même décision d'attribution bruxelloise, le Conseil suspend une fois l'attribution (dans l'arrêt 241.061) et remet la seconde affaire sine die, afin que Köse demeure protégée si la suspension de 241.061 venait à être levée.

Que s'est-il passé ?

Le 9 février 2018, la Région bruxelloise a attribué pour la deuxième fois le même marché de nettoyage à Jette Clean (CSC n° GRF-335). Deux soumissionnaires perdants ont réagi en parallèle : Misanet (classée quatrième) a introduit le recours en suspension qui a abouti à l'arrêt 241.061, et Köse Cleaning (classée deuxième) a introduit sa propre demande de suspension (affaire A. 224.890/VI-21.200), dans laquelle c'est précisément Misanet qui est intervenue. Le Conseil a examiné les deux affaires à l'audience du 13 mars 2018 devant la VIe chambre en référé. Dans l'arrêt 241.061, prononcé le 21 mars 2018, le Conseil a suspendu la deuxième décision d'attribution — pour vérification des prix insuffisante à l'égard de Köse et motivation insoutenable à l'égard de Jette Clean (voir le résumé de 241.061). Dans le présent arrêt 241.062, prononcé le même jour, la propre demande de suspension de Köse était à examiner. Le casse-tête technique pour le Conseil : grâce à 241.061, Köse avait de facto déjà obtenu ce qu'elle demandait — l'attribution est suspendue. Mais que se passerait-il si cette suspension était plus tard levée ? Par exemple si Misanet n'introduit pas de recours en annulation dans le délai, ou si son recours en annulation échoue pour des motifs procéduraux ? La Région pourrait alors exécuter à nouveau l'attribution, et Köse se trouverait soudain sans protection — alors que sa propre demande de suspension avait été correctement introduite. Le Conseil résout la difficulté en 'remettant l'affaire sine die'. Cela signifie : la suspension n'est ni accordée au fond, ni refusée au fond. L'affaire reste pendante, prête à être réinscrite si la suspension dans 241.061 venait à être levée ou si le recours en annulation de Misanet échouait. La 'protection juridictionnelle de la partie requérante' (Köse) est ainsi garantie. Le Conseil maintient en outre la confidentialité de quatre pièces (les offres de Köse et de Jette Clean et la correspondance des 27 novembre et 11 décembre 2017 entre la Région et Jette Clean), qui ne sont pas, à ce stade, nécessaires à la solution du litige.

Pourquoi c'est important ?

En pratique, cet arrêt est un cas d'école d'hygiène procédurale. Lorsque deux soumissionnaires perdants distincts introduisent des recours parallèles en suspension contre la même décision d'attribution, une double suspension n'a pas de sens (l'attribution est déjà suspendue), mais un simple rejet du deuxième recours fait peser des risques sur le deuxième requérant. La 'remise sine die' est la sortie élégante. Pour les soumissionnaires qui se demandent s'ils doivent — parallèlement à un autre perdant — introduire leur propre demande de suspension, le message est clair. Le réflexe 'l'autre s'en charge' est procéduralement risqué : si l'autre requérant ne mène pas son recours à terme sur le fond (désistement, irrecevabilité, absence de recours en annulation), vous restez sans protection si vous n'avez pas votre propre procédure. Köse a fait ici le bon choix en introduisant sa propre action et est aujourd'hui protégée procéduralement sans recevoir d'arrêt au fond. Pour les pouvoirs adjudicateurs, l'enseignement inverse s'applique : une attribution contre laquelle plusieurs recours parallèles en suspension sont pendants ne peut pas être simplement ré-exécutée même après une suspension dans une seule des affaires. Les autres affaires demeurent, en mode 'sine die', une porte de sortie potentielle pour les autres requérants.

La leçon

Introduisez votre propre demande de suspension si vous êtes perdant, même lorsque vous savez qu'un autre perdant fait de même. S'en remettre à la procédure d'autrui est procéduralement vulnérable : si l'autre se désiste, échoue formellement ou n'introduit pas de recours en annulation, vous restez sans protection. Votre propre demande de suspension — même au prix d'un frais de rôle — vous donne votre propre place dans l'ordre juridictionnel et peut, comme ici, donner lieu à une 'remise sine die' qui vous protège si la première suspension venait à être levée.

Posez-vous la question

Vous avez perdu le marché et savez qu'un autre soumissionnaire perdant introduira une demande de suspension. Vous hésitez à agir aussi. Posez-vous une question : que se passe-t-il si cet autre requérant se désiste plus tard, échoue sur une exception d'irrecevabilité ou n'introduit pas de recours en annulation ? Réponse : l'attribution redevient exécutable, et il ne vous reste aucun remède pour intervenir. C'est une raison suffisante d'introduire votre propre procédure.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →