zonder_voorwerp Chambre néerlandophone

D'abord suspendu, treize mois de silence, puis retiré quand même : le Port d'Anvers paie 2.200 euros pour deux ans de procédure

Arrêt nr. 241306 · 26 avril 2018 · XIIe kamer

Le Conseil d'État avait déjà suspendu le 22 novembre 2016 l'attribution des travaux d'approfondissement du 4e bassin du port à Martens en Van Oord ; le Port d'Anvers a attendu jusqu'au 18 décembre 2017 pour retirer lui-même la décision — et supporte donc 2.200 euros de dépens pour la procédure d'extrême urgence et celle d'annulation.

Que s'est-il passé ?

Le Port d'Anvers a lancé, sous le cahier des charges B10343, les 'Travaux d'approfondissement du chenal du 4e bassin'. Le 3 octobre 2016, le comité de direction a décidé d'attribuer le marché à la firme néerlandaise bv Martens en Van Oord Aannemingsbedrijf — non à la société momentanée belge 'Verdieping H4H' de Jan De Nul et Dredging International. La décision d'attribution a été notifiée par recommandé du 6 octobre 2016. Jan De Nul et Dredging International se sont immédiatement opposés. D'abord en extrême urgence : le 22 novembre 2016, le Conseil d'État (arrêt n° 236.508) a accordé la suspension UDN — l'attribution à Martens en Van Oord a été suspendue, le surplus rejeté. Puis le 2 décembre 2016, ils ont introduit un recours en annulation contre la même attribution. Et puis pendant treize mois... rien. Le Port a laissé l'attribution suspendue en l'état sans la retirer ni la remplacer. La procédure d'annulation s'est poursuivie : le Port a déposé un mémoire en réponse, les requérants un mémoire en réplique, la partie intervenante Martens en Van Oord son propre mémoire. L'auditrice Ines Martens a rédigé un rapport sur la base de l'article 93 du règlement général de procédure. Puis, le 18 décembre 2017 — plus d'un an après la suspension — le Port a finalement retiré l'attribution attaquée. L'audience du 17 avril 2018 (l'affaire étant devant la XIIe chambre avec le conseiller d'État Pierre Barra) ne portait plus sur le fond, mais sur ce qui restait : la décision attaquée était sortie de l'ordre juridique, et avec elle le refus implicite d'attribuer à Jan De Nul / Dredging International. Le Conseil applique l'article 93 de l'arrêté du Régent du 23 août 1948 : le recours est sans objet et est devenu 'sans utilité'. Mais — exactement comme dans les arrêts UDN sur les retraits (voir 241267, 241693) — le Port devient la partie qui succombe pour les dépens. Les requérants l'ont en effet emporté par le retrait lui-même. Décision finale (l'auditeur Thomas Maes ayant donné un avis conforme) : • Recours rejeté (perte d'objet). • Port condamné aux dépens de l'UDN ET de l'annulation : 800 € de frais de rôle + 1.400 € d'indemnité de procédure = 2.200 € à la société momentanée. • Martens en Van Oord condamnée à 150 € de frais de rôle pour l'intervention. Note : 1.400 € d'indemnité de procédure = 700 € × 2 procédures (indemnité de base pour UDN et annulation). Et 800 € de frais de rôle est élevé : couvre les frais de rôle pour UDN (200) et annulation (200), séparément pour chaque société requérante (× 2).

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt illustre le schéma de coûts qui s'accumule lorsqu'un pouvoir adjudicateur tergiverse après une suspension. Le Port d'Anvers avait une suspension UDN sur les bras dès le 22 novembre 2016 ; à partir de ce moment, l'attribution était 'au congélateur'. La réaction raisonnable aurait été : prendre une nouvelle décision motivée sur la base des manquements identifiés dans l'arrêt de suspension, ou retirer l'attribution et recommencer. À la place : treize mois de silence. La procédure d'annulation s'est poursuivie, toutes les parties ont échangé des mémoires, l'auditorat a rédigé un rapport — autant de coûts finalement supportés par le Port. Pour les pouvoirs adjudicateurs, c'est un avertissement : 'rester assis' sur une suspension jusqu'à ce que l'annulation soit enfin entendue n'est pas une option gratuite. Vous accumulez des coûts procéduraux doubles (UDN + annulation), et vous laissez perdurer l'incertitude juridique sur le dossier. Quand vous retirez finalement, vous supportez la facture complète. Dans ce dossier, 2.200 € — modeste en absolu, mais exemplaire du mécanisme. Pour les soumissionnaires qui gagnent en UDN, le message est : ne vous arrêtez pas là. Introduisez un recours en annulation parallèle. Cela vous donne (1) la certitude que l'affaire sera tranchée au fond, et (2) une seconde indemnité de procédure en plus de celle de l'UDN, si le pouvoir adjudicateur finit par retirer. Dans ce dossier, les coûts procéduraux pour le Port étaient doubles de ce qu'aurait produit une pure procédure UDN. Pour les entrepreneurs néerlandais et étrangers (comme Martens en Van Oord ici), il y a aussi une leçon : demander une intervention pour défendre votre attribution vous coûte un frais de rôle (150 €), et vous perdez ce coût dès que le pouvoir adjudicateur retire lui-même — quelle que soit la qualité de fond de votre offre. Peser si l'intervention paie encore quand le pouvoir adjudicateur vacille déjà est une décision procédurale en soi.

La leçon

Si en tant que pouvoir adjudicateur vous êtes confronté à une suspension UDN : ne laissez pas la décision suspendue au congélateur pendant des mois. Dans un délai raisonnable, prenez soit une nouvelle décision d'attribution motivée (sur base des indications de l'arrêt de suspension), soit une décision formelle de retrait. Le silence n'est pas une stratégie — la procédure d'annulation se poursuit, les dépens s'accumulent, et vous finissez par les supporter. Pour les soumissionnaires : après une UDN réussie, introduisez TOUJOURS un recours en annulation parallèle — il coûte peu en plus, garantit la progression procédurale et double votre indemnité de procédure en cas de retrait ultérieur.

Posez-vous la question

Votre pouvoir adjudicateur fait face à une suspension UDN et réfléchit à la suite. Posez-vous trois questions : (1) existe-t-il un délai raisonnable (disons trois mois) dans lequel vous pouvez remplacer la décision suspendue par une nouvelle décision motivée, ou la retirer formellement ? (2) y a-t-il un recours en annulation parallèle contre la même décision qui génère des coûts entre-temps (mémoires, rapport d'auditorat, audience) ? (3) avez-vous calculé qu'un retrait tardif vous laissera à la fois les coûts UDN et les coûts d'annulation — environ 2.200 € par requérant au tarif standard ? Si vous n'agissez pas sur (1) dans les trois mois, vous payez le prix du report.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →