Rejet Chambre néerlandophone

0,11 point d'écart sur un DBM à plusieurs centaines de millions — et le Conseil suit l'adjudicateur

Arrêt nr. 255828 · 15 février 2023 · XIIe kamer

Deux poids lourds belges du bâtiment se sont affrontés sur l'attribution du nouveau quartier général de la Défense ; Futureproof Defence a terminé à 0,11 point derrière Be Defence et a soulevé cinq motifs d'irrégularité substantielle, mais le Conseil a estimé que la Défense restait dans sa large marge d'appréciation et a rejeté chacun des moyens.

Que s'est-il passé ?

La Défense a lancé un marché à grande échelle pour la conception, la construction et l'entretien (DBM) d'un nouveau quartier général pour l'état-major de la Défense, au Quartier Reine Elisabeth — un complexe de bureaux 'New Ways of Working' avec restauration, sport, crèche et un centre de conférence externe. Le marché relevait de la loi du 13 août 2011 sur les marchés publics dans les domaines de la défense et de la sécurité, et fut adjugé par procédure négociée avec publicité. Trois consortiums ont déposé candidature : 'Triple B', 'Be Defence' et les requérants 'Futureproof Defence' (Willemen Construct, Cordeel, Louis De Waele avec Archipelago Architects). Tous trois furent sélectionnés en juillet 2020. Le cahier des charges a été modifié en cours de procédure par cinq addenda. Les BAFO ont été évalués selon des critères administratifs, financiers et techniques avec une méthode détaillée à l'annexe E. Le 23 décembre 2022, la Défense a attribué à Be Defence. Futureproof Defence a terminé second à 0,11 point — marge si mince que tout moyen sérieux pouvait renverser le résultat. Le 6 janvier 2023, Futureproof Defence a saisi en extrême urgence avec cinq branches dans le premier moyen : dans chacune, le rapport d'attribution signalait lui-même une imperfection, un élément manquant ou une contradiction dans l'offre de Be Defence (par ex. principes de sécurité militaire dans la partie C1 de l'annexe C, extensibilité à la section 3.17.2, exigence 8.1.18 sur les systèmes de rangement, élément d'addendum à l'annexe F, exigence sur laquelle la Défense s'est ensuite appuyée par application de l'article 100 de l'AR du 23 janvier 2012). Leur logique : si l'adjudicateur lui-même relève une imperfection, il doit en déduire l'irrégularité substantielle et écarter l'offre. Le Conseil refuse cette automaticité. Le pouvoir adjudicateur dispose d'une large marge d'appréciation sur le fond, surtout en procédure négociée où le dialogue et la modification sont centraux. Sur chaque branche, le Conseil a examiné la motivation — notamment via les rapports d'évaluation détaillés — et conclu chaque fois que la Défense n'avait pas agi de manière manifestement déraisonnable ni imprudente. Le deuxième moyen (calcul des scores et application de la méthodologie) et le troisième moyen n'étaient pas sérieux non plus. Issue : le référé est rejeté. Les frais (droit de rôle 1 400 € + contribution 24 €) sont mis à charge des requérants, chacun pour un septième, et les frais de l'intervention (droit de rôle 1 350 €) aux parties intervenantes, chacune pour un neuvième.

Pourquoi c'est important ?

Pour les bid managers sur de grands marchés DBM : cet arrêt illustre l'ampleur de la marge d'appréciation d'un adjudicateur, surtout en procédure négociée sous la loi défense. Un rapport d'attribution qui mentionne des 'observations' ou 'points d'attention' sur l'offre lauréate n'entraîne pas automatiquement l'irrégularité substantielle. Vos moyens contre une attribution doivent aller plus loin que 'l'adjudicateur a lui-même qualifié cela de manquement'. Pour les adjudicateurs : il vaut la peine d'expliquer, dans le rapport d'attribution, pourquoi un point d'attention identifié n'aboutit pas au rejet — cette explication est votre bouclier en cas de référé.

La leçon

Si vous soutenez en référé qu'une imperfection dans l'offre lauréate était substantielle : construisez concrètement pourquoi cette imperfection touche à l'exigence du cahier des charges, et pas seulement que l'adjudicateur l'a remarquée. Renvoyez à la clause exacte, expliquez pourquoi la dérogation n'est pas couverte par la régularisation ou la marge d'appréciation, et quantifiez si possible l'impact sur le scoring (crucial avec une marge fine).

Posez-vous la question

Votre BAFO termine-t-il à moins d'un point du lauréat ? Prenez le rapport d'attribution et surlignez chaque 'point d'attention' ou 'observation' sur l'offre lauréate. Pour chacun : l'adjudicateur l'a-t-il qualifié de substantiel ? Sinon, pourquoi devriez-vous pouvoir le démontrer en référé ? Cette différence détermine la force de votre recours — et la probabilité que le Conseil vous suive.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →