Rejet Chambre néerlandophone

Une formule de notation qui amplifie les écarts est admise — pourvu que le cahier des charges la prévoie

Arrêt nr. 255923 · 28 février 2023 · XIIe kamer

Le Conseil d'État rejette le recours contre l'attribution d'un accord-cadre flamand de services postaux de 125 millions d'euros et juge qu'un cahier des charges peut recalibrer les scores d'un critère qualitatif pour attribuer automatiquement 100% à la meilleure offre — même si les écarts de points en sont fortement amplifiés.

Que s'est-il passé ?

L'agence flamande Facilitair Bedrijf lance un accord-cadre pour services postaux universels, valeur maximale 125 millions d'euros, divisé en 15 lots selon une procédure sui generis. Le lot A1 (bâtiments complexes, max 8M€) est attribué à Ipex ; le lot A2 (bâtiments simples, max 6M€) revient à Bpost. Postalia Belgium, classée troisième, introduit un recours en suspension d'extrême urgence. Trois griefs sont avancés. D'abord, la formule de notation : le cahier des charges prévoit pour le critère qualitatif (40 points) que la meilleure 'note globale provisoire' reçoive automatiquement le maximum, les autres offres étant recalculées au prorata — amplifiant les écarts. Ensuite, l'évaluation de sa proposition de responsabilité : sa proposition détaillée a reçu un 'moins', celle vague d'Ipex un 'léger plus'. Enfin, la capacité d'exécution : Ipex et son sous-traitant GMS n'auraient pas l'infrastructure logistique pour traiter numériquement le volume postal du gouvernement flamand. Le Conseil d'État rejette tous les moyens. La formule était clairement décrite dans le cahier des charges, Postalia pouvait en tenir compte. Le pouvoir adjudicateur dispose d'une marge d'appréciation pour fixer la méthode, notamment pour éviter qu'un critère prix purement quantitatif ne devienne déterminant. L'évaluation globale reposait sur six éléments — critiquer un seul élément ne renverse pas la note globale. Les griefs de capacité relèvent de l'opportunité, pas de la légalité. Recours rejeté ; Postalia est condamnée à 994 € de dépens et Bpost à 150 €.

Pourquoi c'est important ?

Les soumissionnaires qui perdent se concentrent instinctivement sur l'endroit précis où ils ont moins bien scoré — ce seul 'moins' sur la responsabilité, cette ligne sur la flexibilité. Cet arrêt clarifie deux choses : (1) sous une évaluation globale, la note repose sur l'interaction de tous les éléments, pas sur un seul, et (2) toute clause du cahier des charges sur le calcul ou la pondération des scores crée une attente à laquelle on ne peut plus échapper. Évaluer honnêtement ses chances de contester une attribution suppose de comprendre l'architecture de notation dans son ensemble.

La leçon

Avant de contester une attribution sur votre note qualitative, demandez-vous : serais-je classé premier si ce seul élément était corrigé ? Sinon, votre moyen est faible. Critiquer un élément sur six alors que vous perdez globalement, c'est un couteau sans manche. Et si le cahier des charges prévoit une formule de recalcul, simulez son effet en amont — invoquer 'l'effet inattendu' après coup est un moyen perdu.

Posez-vous la question

Avez-vous testé la formule de notation avec des scénarios réalistes avant de remettre ? Concrètement : si un concurrent obtient 10% de mieux sur un critère qualitatif, combien de points perdez-vous nets après recalibrage ? Si vous ne pouvez répondre à cela au jour du dépôt, vous êtes en retard.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →