Rejet Chambre néerlandophone

Accord-cadre pour le cloud public Copernicus : l'avantage concurrentiel résultant d'une implication antérieure dans le programme d'observation de la Terre est légitime

Arrêt nr. 263877 · 2 juillet 2025 · XIVe kamer

Le Conseil d'État rejette le recours d'un fournisseur de services cloud contre l'attribution d'un accord-cadre IaaS pour des données d'observation de la Terre Copernicus, estimant que l'avantage concurrentiel de l'adjudicataire — qui disposait déjà des données sur son cloud grâce à son implication dans le programme Copernicus — est légitime, que l'examen des prix pour des services intellectuels à marges larges a été diligent, et que le score technique inférieur est imputable à l'absence d'informations concrètes sur la scalabilité et la capacité de données dans l'offre du requérant.

Que s'est-il passé ?

VITO, un organisme de recherche public flamand, a lancé une procédure ouverte pour un accord-cadre de services cloud publics IaaS, portant sur le stockage et le traitement de données d'observation de la Terre Copernicus (plusieurs pétaoctets d'imagerie satellitaire). L'accord-cadre avait une durée de quatre ans (prolongeable de quatre ans), avec un maximum de trois fournisseurs. Les critères d'attribution étaient le prix (60 points, formule ratio prix le plus bas) et la qualité technique (40 points), évaluée sur l'offre de données (avec l'expérience Copernicus comme bonus), le SLA et la scalabilité. Cinq soumissionnaires ont déposé une offre, avec des prix allant de 862.745 euros à 4.025.952 euros. Le requérant a offert 1.639.200 euros. Après un examen général des prix, VITO n'a constaté aucun prix anormal, acceptant que le prix le plus bas reflétait l'activité principale du soumissionnaire, sa politique de remise établie et sa capacité à exécuter avec ses propres ressources. Pour la qualité technique, le requérant a obtenu 18/40 ('Bon') contre 34/40 pour le lauréat ('Excellent'). Le score inférieur était dû à : aucune disponibilité prouvée des données sur son back-end cloud (nécessitant une copie coûteuse), une limite de quota public de 12 To/mois, aucune confirmation d'ajout de futurs jeux de données, aucune expérience Copernicus prouvée, et le score de scalabilité le plus bas en raison d'une documentation insuffisante de l'infrastructure. Le Conseil a rejeté les deux moyens. Sur les prix : le pouvoir adjudicateur dispose d'une marge d'appréciation plus large pour les services intellectuels. Sur l'évaluation technique : l'expérience Copernicus ne rapportait que 4 points bonus sur 40 ; l'avantage concurrentiel du lauréat était légitime (plusieurs grands fournisseurs cloud disposent de ces données) ; et le faible score de scalabilité du requérant était justifié car tous les autres soumissionnaires avaient fourni des détails concrets sur leur infrastructure.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt clarifie quatre principes pour les marchés IT complexes. Premièrement, les pouvoirs adjudicateurs disposent d'une marge d'appréciation plus large pour l'examen des prix des services intellectuels où de grands écarts de prix sont courants. Deuxièmement, les avantages concurrentiels résultant d'une implication antérieure sur le marché sont légitimes et ne faussent pas la concurrence. Troisièmement, satisfaire aux exigences techniques minimales ne fait pas obstacle à l'attribution de scores supérieurs pour des offres mieux documentées. Quatrièmement, qualifier une expérience de 'bonus' en fait un facteur de valeur ajoutée, non un élément décisif.

La leçon

En tant que soumissionnaire pour des services IT complexes : satisfaire simplement aux exigences techniques minimales ne suffit pas pour un score qualité compétitif. Lorsque le cahier des charges demande de démontrer la capacité de vos systèmes, fournissez des détails concrets sur les centres de données, la puissance de traitement, les spécifications GPU/CPU et le stockage. Si un concurrent dispose d'avantages de marché légitimes, documentez votre propre offre aussi solidement que possible. En tant que pouvoir adjudicateur : un rapport d'évaluation interne bien documenté avec une pondération claire par sous-élément renforce considérablement la motivation lorsque des soumissionnaires contestent l'évaluation.

Posez-vous la question

En tant que soumissionnaire pour des services cloud ou IT : avez-vous fourni des informations concrètes et chiffrées sur votre infrastructure, ou vous êtes-vous limité à constater que vous satisfaites aux exigences minimales ? Avez-vous démontré votre expérience pertinente avec des références spécifiques ? En tant que pouvoir adjudicateur : avez-vous établi une pondération interne par sous-élément avant l'ouverture des offres, montrant de manière transparente comment les éléments qualitatifs sont pondérés ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →