Rejet Chambre francophone

Distribution nocturne du courrier médical Liège : vérification des prix par une centrale d'achat hospitalière suffisamment motivée malgré une formulation succincte

Arrêt nr. 263988 · 30 juillet 2025 · VIe vakantiekamer

Le Conseil d'État rejette le recours contre l'attribution d'un marché de distribution nocturne du courrier médical en province de Liège, parce que le pouvoir adjudicateur — agissant comme centrale d'achat pour quatre hôpitaux — a procédé à une vérification effective et concrète des prix sur base de l'article 36 de l'arrêté royal de passation, et que la motivation de la décision, bien que succincte et allusive en raison d'impératifs de confidentialité, permet suffisamment de vérifier que les prix du soumissionnaire retenu ne présentent pas un caractère anormal.

Que s'est-il passé ?

Le Centre Hospitalier Bois de l'Abbaye (CHBA), agissant comme centrale d'achat pour quatre hôpitaux en province de Liège, a lancé une procédure négociée directe avec publication préalable pour la collecte et la distribution du courrier médical et non médical. Le lot 1 concernait la collecte et distribution nocturne du courrier médical — correspondance entre hôpitaux et professionnels de santé, à distribuer avant 7h00. Les critères d'attribution étaient le prix (90 points) et la qualité du service (10 points, basée sur le pourcentage garanti de distribution nocturne). Le marché relève des « services sociaux et autres services spécifiques » (annexe III). Les dispositions sur la vérification des prix ne s'appliquent en principe pas à ces marchés en procédure négociée, mais le cahier des charges visait expressément les articles 84 de la loi et 33 à 36 de l'AR, ce qui suffit en vertu de l'article 89, §2. Postalia Belgium (contractant actuel) a soumis offre. Le lot 1 a été attribué à DDP Messagerie pour un montant annuel de 451.723,76 EUR — soit 27% de moins que l'offre de Postalia. Postalia a invoqué un moyen unique : la motivation de la vérification des prix est insuffisante, ne contenant que des références vagues aux trois types de prestations sans éléments concrets permettant de comprendre pourquoi les prix ont été jugés normaux. Le Conseil a jugé la motivation suffisante malgré son caractère succinct. La double obligation — démontrer une vérification effective tout en respectant la confidentialité — a été correctement équilibrée. La décision indique que : les prix ont été contrôlés sur base de l'article 36 ; DDP a fourni des justifications concrètes par type de prestation (collecte par mutualisation avec les tournées existantes, tri par documentation sur les équipements et prestations, distribution par application d'optimisation et heures de prestation) ; le chiffre d'affaires mensuel permet de couvrir tous les coûts avec une marge acceptable. Le dossier administratif contenait une analyse minutieuse et concrète (tableaux comparatifs, note explicative sur le contrôle des prix). Les justifications de DDP étaient concrètes et chiffrées. L'écart de 27% ne suffit pas à établir l'anormalité — la vérification des prix vise à assurer la bonne exécution, non à expliquer les écarts entre offres. La propre variation de prix de Postalia (46% entre offre initiale et finale) affaiblit son argument de stabilité des prix. Le moyen unique n'est pas sérieux. La demande est rejetée.

Pourquoi c'est important ?

Pour les services sociaux et autres services spécifiques en procédure négociée, les dispositions sur la vérification des prix ne s'appliquent que si le cahier des charges le prévoit expressément. La motivation de la vérification peut être succincte lorsque la confidentialité l'exige, à condition de démontrer une vérification effective. Un écart de prix de 27% ne suffit pas à établir l'anormalité — la vérification vise à assurer la bonne exécution, non à expliquer les différences de prix entre soumissionnaires.

La leçon

En tant que pouvoir adjudicateur : pour les marchés de services sociaux, déclarez expressément les dispositions de vérification des prix applicables dans le cahier des charges. Une motivation succincte est admissible pour protéger la confidentialité, mais elle doit démontrer une vérification effective. Conservez l'analyse détaillée dans le dossier administratif. En tant que soumissionnaire : un écart de prix ne suffit pas à établir l'anormalité. Fournissez des éléments concrets démontrant l'insuffisance des justifications ou une erreur manifeste d'appréciation. Votre propre comportement tarifaire (grandes variations entre offres) peut affecter votre crédibilité.

Posez-vous la question

En tant que pouvoir adjudicateur : avez-vous expressément déclaré les dispositions de vérification des prix applicables pour les services sociaux ? Votre motivation permet-elle de vérifier qu'un examen effectif a été réalisé sans divulguer de données confidentielles ? Le dossier administratif contient-il l'analyse détaillée ? En tant que soumissionnaire : fournissez-vous des éléments concrets au-delà du simple écart de prix ? Votre propre comportement tarifaire étaye-t-il votre crédibilité ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →