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Suspension obtenue, décision retirée : le recours en annulation est sans objet — et le bonus de 20% sur l'indemnité de procédure est perdu

Arrêt nr. 234734 · 13 mai 2016 · VIe kamer

Lorsque le pouvoir adjudicateur retire sa décision d'attribution après que le Conseil d'État l'a déjà suspendue, le recours en annulation qui suit perd son objet — le requérant obtient bien l'indemnité de procédure de base de 700 euros, mais pas la majoration de 20% que le règlement de procédure accorde à un 'gagnant ordinaire'.

Que s'est-il passé ?

Le 25 février 2015, la Région wallonne avait attribué un marché de services portant sur l'entretien et le dépannage de son réseau de télémesures hydrologiques 'Wacondah' (cahier spécial des charges n° 02.02.Q3-14B88) à la SA Cofely-Solelec. La société momentanée Yvan Paqué-HEMMIS, soumissionnaire, a contesté cette attribution. Le 30 mars 2015, le Conseil d'État, dans son arrêt n° 230.692, a suspendu en extrême urgence l'exécution de la décision d'attribution. Puis, le 24 avril 2015, Paqué/HEMMIS ont également introduit un recours en annulation classique contre la même décision. Deux mois plus tard — le 27 mai 2015 — la Région wallonne a elle-même retiré sa décision d'attribution. Le retrait a été notifié par courrier recommandé le 3 juin 2015, avec mention des voies de recours et des délais. Aucun recours n'a été introduit contre le retrait dans le délai prescrit, ce qui le rend définitif. Le Conseil constate dès lors que la décision attaquée n'existe plus et que le recours en annulation est sans objet. Les requérantes ont demandé, dans leur mémoire ampliatif, une indemnité de procédure de 700 euros 'majorée de 20%' (840 euros), en vertu de l'art. 67, §2 de l'arrêté du Régent, au motif que le recours en annulation avait été précédé d'un référé d'extrême urgence. Le Conseil n'accorde que le montant de base de 700 euros : l'art. 67, §2, alinéa 3 du règlement général de procédure (tel qu'inséré par l'arrêté royal du 28 mars 2014) exclut la majoration dès lors que le Conseil décide que le recours en annulation est sans objet. Les autres dépens (950 euros au total) sont mis à charge de la Région à concurrence de 800 euros et à charge de la partie intervenante à concurrence de 150 euros.

Pourquoi c'est important ?

Lorsqu'un soumissionnaire obtient une suspension en extrême urgence, le pouvoir adjudicateur retire souvent sa décision plutôt que de la défendre au fond — et c'est en général le bon choix pour l'administration. Pour le requérant, cela signifie qu'il n'obtiendra pas une véritable annulation, parce que le recours en annulation devient sans objet. Trois conséquences pratiques que les bid managers doivent intégrer. Premièrement : pas de décision sur le fond des moyens soulevés, donc la critique initiale de l'attribution reste non tranchée — le pouvoir adjudicateur peut prendre une nouvelle décision qui, en théorie, peut comporter les mêmes vices, et il faudra alors plaider à nouveau. Deuxièmement : on obtient bien l'indemnité de base de 700 euros (parce qu'on est réputé avoir 'obtenu gain de cause' au sens de l'art. 30/1) — mais la majoration de 20% qu'on reçoit normalement lorsque le recours en annulation a été précédé d'un référé d'extrême urgence est exclue dès que le recours est déclaré sans objet. Troisièmement : la partie intervenante (l'attributaire initial) n'est pas dispensée des dépens — elle en supporte ici un montant distinct (150 euros). Pour les pouvoirs adjudicateurs, l'autre côté : après une suspension en extrême urgence, le retrait est la sortie la plus propre — il évite une annulation motivée qui pourrait être citée comme précédent, limite la condamnation aux dépens au montant de base et laisse ouverte la possibilité d'une nouvelle décision.

La leçon

Si vous introduisez un recours en annulation après avoir obtenu une suspension : sachez que le recours perdra très probablement son objet dès que le pouvoir adjudicateur retire sa décision. Attendez-vous à 700 euros d'indemnité de procédure, pas 840. Et demandez-vous si un recours en annulation complet a encore un sens : si votre objectif initial était de bloquer l'attribution et que vous l'avez atteint en extrême urgence, l'annulation est souvent plus symbolique et coûteuse que stratégiquement utile. Pour les pouvoirs adjudicateurs : après une suspension en extrême urgence, retirer-et-réattribuer est souvent la solution la plus propre — à condition que la critique substantielle soit effectivement corrigée, sinon vous vous retrouvez une seconde fois devant le Conseil.

Posez-vous la question

Vous venez d'obtenir une suspension en extrême urgence ? Avant d'introduire un recours en annulation, demandez-vous : qu'est-ce que je veux encore obtenir — une meilleure condamnation aux dépens, une décision de principe, une annulation formelle ? Attendez-vous à ce que le pouvoir adjudicateur retire et que votre recours perde son objet. Et si l'autorité prend une nouvelle décision après la suspension : lisez-la attentivement — répète-t-elle les vices que vous aviez déjà invoqués, ou les a-t-elle effectivement corrigés ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →