Rejet Chambre francophone

Ne pas se présenter à votre propre audience UDN coûte la suspension — mais vous conservez les 700 euros d'indemnité

Arrêt nr. 243478 · 24 janvier 2019 · VIe kamer

Gilles Moury attaque l'attribution d'un chantier militaire à Wust, la Défense retire l'attribution deux semaines plus tard, mais Moury ne se présente pas à l'audience un an après, ce qui rejette procéduralement la suspension — pourtant elle reçoit 700 euros d'indemnité parce que le retrait avait déjà fait de l'État belge la partie qui succombe.

Que s'est-il passé ?

Le 1er décembre 2017, l'État belge — par le Ministre de la Défense — attribue à la SA Établissements Jean Wust un marché pour la construction d'un nouveau bâtiment de bureaux et de sanitaires (bloc Compagnie) et l'intervention sur une salle de sport existante (E13) au camp militaire adjudant Brasseur à Amay. Le marché est passé par adjudication ouverte sur base de l'article 81 § 2 1° de la loi du 17 juin 2016 et du titre 2 de l'A.R. du 18 avril 2017. Le 13 décembre 2017, la SA Les Entreprises Gilles Moury introduit une suspension d'extrême urgence. L'audience est fixée au 9 janvier 2018, et le 20 décembre 2017 Wust demande à intervenir — accordé en tant qu'attributaire. Deux jours plus tard — 22 décembre 2017 — la Défense décide elle-même de retirer son attribution. Le retrait est déposé à la poste le 9 janvier 2018 et notifié à Wust par courrier recommandé. Par courriers du 5 janvier 2018, l'audience est remise sine die. Wust ne demande pas l'annulation du retrait dans le délai, ce qui le rend définitif. Presque un an plus tard — 6 décembre 2018 — l'affaire est refixée au 19 décembre 2018. À cette audience, Moury ne comparaît pas, ni en personne ni par avocat. La Défense envoie le capitaine Mathieu Fontaine ; Wust comparaît par avocat Hani Madani (loco Horemans et Fievez). L'article 4 alinéa 3 de l'A.R. du 5 décembre 1991 sur la procédure en référé entre en jeu : 'Si le demandeur n'est ni présent, ni représenté, la demande tendant à l'octroi de la suspension est rejetée.' Le Conseil l'applique mécaniquement — la demande UDN est rejetée. Mais l'indemnité de procédure suit une autre logique. Le Conseil rappelle que la décision contestée avait déjà été retirée le 22 décembre 2017 et que ce retrait est devenu définitif. Le retrait est un succédané d'annulation, de sorte que la Défense — pas Moury — est la partie qui succombe au sens de l'article 30/1. La Défense n'invoque rien pour réduire le montant. Moury demande 700 euros et les obtient. Les autres dépens (350 euros) sont scindés : 200 euros à charge de la Défense, 150 euros à charge de Wust pour l'intervention. Résultat final : une requérante absente perd la suspension mais gagne les dépens — paradoxe qui ne fonctionne que parce que l'adjudicateur avait retiré bien avant. Le président Imre Kovalovszky présidait.

Pourquoi c'est important ?

Deux règles distinctes se croisent ici. La première — article 4 alinéa 3 de l'A.R. du 5 décembre 1991 — est mécanique : ne pas comparaître à votre audience UDN signifie le rejet de la suspension. Pas de 'deuxième chance', pas de 'peut-être une bonne raison' — rejet. Pour les cabinets qui empilent les UDN, c'est un risque réel : une confusion d'agenda ou un no-show vous coûte la victoire procédurale que vous auriez pu obtenir. La seconde règle — article 30/1 des lois coordonnées — regarde au-delà de l'issue procédurale vers l'évolution factuelle. Si l'acte attaqué a été retiré entre-temps, l'adjudicateur est déjà la partie qui succombe, même si la suspension est rejetée pour motifs procéduraux. Cela sépare l'issue procédurale (rejet) de l'issue financière (indemnité). Pour les requérants cela signifie : même une bourde à l'audience ne vous coûte pas l'indemnité de procédure quand l'adjudicateur a lui-même retiré sa décision. Pour les adjudicateurs, le message est : un retrait précoce ferme aussi la discussion financière, quel que soit le comportement de la partie adverse dans la suite. L'intervenant (l'attributaire) supporte ses propres dépens d'intervention — règle fixe.

La leçon

Une UDN exige une présence absolue à l'audience (en personne ou par avocat). Ne pas comparaître = rejet mécanique en vertu de l'article 4 alinéa 3 de l'A.R. du 5 décembre 1991. Mais si l'adjudicateur a déjà retiré la décision contestée, vous êtes financièrement protégé : 700 euros d'indemnité sont accordés, car l'adjudicateur est alors la partie qui succombe. Séparez l'issue procédurale de l'issue financière — elles suivent des logiques différentes.

Posez-vous la question

Vous avez introduit une UDN et l'adjudicateur a entre-temps retiré. Pouvez-vous sauter l'audience sans conséquence ? Réponse : non pour la suspension — elle est mécaniquement rejetée pour absence. Mais oui pour l'indemnité — vous l'obtenez quand même, parce que le retrait fait de l'adjudicateur la partie qui succombe.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →