Annulation Chambre néerlandophone

Un taux de nettoyage de 20,49 euros de l'heure ne s'évacue pas en disant 'on les connaît du contrat précédent'

Arrêt nr. 244040 · 28 mars 2019 · XIIe kamer

La Haute École PXL a attribué un marché de nettoyage de quatre ans à Köse Cleaning à 30 % sous le prix moyen des offres sans vérification documentée des prix — le Conseil d'État annule l'attribution parce que dans un secteur sensible à la fraude comme le nettoyage, le pouvoir adjudicateur doit aussi vérifier si le salaire minimum est tenable.

Que s'est-il passé ?

En mars 2017, la Haute École PXL lance un appel d'offres ouvert pour le nettoyage de tous ses bâtiments, un marché de quatre ans estimé à 3 millions d'euros HTVA, soit 907.500 euros TVAC par an. Les critères d'attribution sont le prix (50 points), le nombre total d'heures (30 points) et le taux horaire pour des prestations supplémentaires (20 points). Quatre soumissionnaires sont sélectionnés. Les prix divergent fortement : Köse Cleaning propose 823.243,78 euros par an (TVAC), ISS Facility Services 1.044.405,78 euros, un troisième 1.358.127,42 euros et un quatrième 1.525.775,04 euros. La moyenne est de 1.187.888 euros. Köse se situe donc à environ 30 % sous cette moyenne et est le seul sous l'estimation propre de PXL (90,72 % de l'estimation, alors qu'ISS est déjà à 115 % et les deux autres à 150 % et 168 %). Le 22 août 2017, PXL attribue à Köse Cleaning. ISS se plaint par écrit qu'aucune vérification des prix ne semble avoir eu lieu et fait le calcul : 823.243 euros divisés par les 33.204 heures de prestations annuelles donnent un taux horaire de 24,78 euros TVAC, soit 20,49 euros HTVA. Le salaire minimum de la CP 121 (Nettoyage) au moment du dépôt de l'offre était de 12,5255 euros par heure. Avec les charges sociales minimales et certaines de 70,99 % par-dessus, on atteint déjà 21,42 euros par heure — plus que le taux offert lui-même, avant de commencer à compter le matériel, les frais généraux et la marge. PXL répond le 8 septembre 2017 qu'aucune vérification des prix n'était requise 'puisqu'elle ne voulait pas écarter l'offre', que les écarts de prix dans le secteur sont importants, que Köse était le prestataire précédent 'sans aucun problème' et que le prix se rapproche le plus de sa propre estimation. Devant le Conseil d'État, PXL maintient encore que la vérification des prix vise 'en premier lieu à protéger le pouvoir adjudicateur' et non le secteur privé. Le Conseil d'État refuse cette logique. Le rapport d'attribution ne contient aucune mention sur la vérification des prix sous la rubrique 'régularité'. Le 'tableau comparatif' (pièce confidentielle 2) auquel PXL se réfère est une simple énumération des prestations, heures et taux unitaires — pas une analyse des raisons qui expliquent les écarts. L'estimation ne convainc pas davantage : elle s'appuie sur un marché de 2013 sans clause de révision de prix, alors que les salaires minimums ont manifestement augmenté depuis. Le facteur décisif est le taux horaire : celui de Köse est plus de 3,50 euros sous celui d'ISS, alors que les trois autres soumissionnaires utilisent des taux horaires comparables entre eux. Au calcul concret d'ISS selon lequel le taux horaire ne couvre même pas le salaire minimum plus les charges sociales, PXL ne répond pas sur le fond. Le Conseil pointe avec emphase la circulaire du Premier ministre du 22 juillet 2014, qui classe le nettoyage parmi les secteurs sensibles à la fraude et désigne la vérification des prix comme le principal instrument préventif contre le dumping social. Conclusion : PXL a manqué de soin. La décision d'attribution est annulée, PXL paie 200 euros de droit de rôle et 700 euros d'indemnité de procédure à ISS.

Pourquoi c'est important ?

Beaucoup de pouvoirs adjudicateurs pensent encore que la vérification des prix ne s'impose qu'en cas d'intention d'écarter une offre. Cet arrêt clarifie que c'est l'inverse : même quand vous voulez garder une offre étonnamment basse, votre rapport d'attribution doit montrer concrètement que vous avez examiné ce que ce prix recouvre réellement — surtout dans les secteurs sensibles à la fraude. 'On connaît cette société du marché précédent' n'est pas une vérification des prix. 'Les écarts de prix dans le secteur sont importants' n'est pas une vérification. Une estimation issue d'un marché précédent sans clause de révision n'est pas une référence. Et dès qu'un concurrent calcule que le salaire minimum plus charges dépasse le taux offert, l'adjudicateur ne peut plus se contenter de hausser les épaules — il doit une réponse motivée sur le fond.

La leçon

Si vous voulez en tant que pouvoir adjudicateur retenir une offre à plus de 15 % sous la moyenne ou sous votre estimation, inscrivez trois choses dans le rapport d'attribution : (1) quel aspect du prix vous avez concrètement examiné (taux horaire, prix unitaires par poste, coût matériel), (2) pourquoi l'écart est explicable, et (3) pour le nettoyage, le gardiennage, le transport ou la construction : si le taux horaire couvre le salaire minimum applicable plus les charges sociales. Ne renvoyez pas à 'l'expérience avec le soumissionnaire' ou à 'la grande diversité des prix' sans chiffres. Et si la partie adverse démontre dans une réclamation que le salaire minimum n'est pas tenable : répondez sur le fond, sinon votre attribution est bâtie sur du sable.

Posez-vous la question

Ouvrez le rapport d'attribution du dernier marché que vous avez attribué : y trouvez-vous un paragraphe 'vérification des prix' avec une comparaison concrète du taux unitaire ou horaire du gagnant par rapport aux autres soumissionnaires, avec une justification de l'écart ? Pour un marché de nettoyage, gardiennage ou construction : précise-t-il aussi que le taux horaire peut supporter le salaire minimum et les charges sociales ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →