Rejet Chambre néerlandophone

Admis aux négociations ≠ votre offre est régulière

Arrêt nr. 245202 · 18 juillet 2019 · XIIe vakantiekamer

Le Conseil d'État rejette la suspension d'extrême urgence d'un fournisseur dont l'offre pour un système d'information de laboratoire hospitalier a été déclarée substantiellement irrégulière au stade final — alors qu'il avait été admis aux négociations sans objection.

Que s'est-il passé ?

L'AZ Sint-Jan Brugge-Oostende a lancé une procédure négociée pour la fourniture, l'implémentation et la maintenance d'un système d'information de laboratoire. CGM Lab Belgium a déposé une offre initiale, a été admise aux négociations, a fait une présentation et a été invitée à soumettre une 'best and final offer' (BAFO) — à aucun moment la régularité de son offre n'a été mise en cause. Une première décision d'attribution a été suspendue par le Conseil d'État le 2 avril 2019 (arrêt 244.136) ; l'hôpital l'a retirée le 17 avril et a réexaminé toutes les offres. Dans le nouveau rapport d'attribution du 11 juin 2019, le jury constate que l'offre de CGM ne satisfait pas à cinq exigences minimales du cahier des charges et la déclare substantiellement irrégulière. Le 12 juin 2019, l'offre est annulée et le marché attribué à MIPS. CGM saisit le Conseil en extrême urgence le 27 juin 2019. Deux moyens. Premier moyen : (a) les exigences minimales n'étaient pas mentionnées dans l'avis de marché et ne peuvent dès lors fonder une irrégularité ; (b) en admettant CGM aux négociations, le pouvoir adjudicateur a de facto reconnu son offre régulière ; (c) le pouvoir adjudicateur aurait dû permettre la régularisation au sens de l'article 76, §4 de l'arrêté royal Placement. Deuxième moyen : l'offre satisfaisait bien à toutes les exigences minimales, et le pouvoir adjudicateur aurait dû demander des éclaircissements au nom du devoir de soin et du droit d'être entendu. Le Conseil rejette tout. (a) L'article 38, §3 de la loi du 17 juin 2016 n'exige pas que toutes les exigences minimales figurent dans l'avis — seulement assez d'informations 'pour déterminer la nature et l'étendue du marché' ; le cahier des charges suffit pour le reste. (b) L'admission aux négociations n'empêche pas le pouvoir adjudicateur de constater, lors de l'examen des offres finales, une irrégularité substantielle justifiant l'annulation : l'article 76, §4 alinéa 1er de l'arrêté applique expressément le §3 aux offres finales — et le §3 prescrit l'annulation pure et simple. (c) La régularisation prévue au §4 ne vaut que pour les irrégularités non substantielles. Cinq écarts par rapport à des exigences minimales expresses sont substantiels — pas de régularisation possible. Sur le deuxième moyen, le Conseil n'examine que le premier des cinq écarts — point III.4 'Usage', 9e élément : 'possibilité de saisir des résultats via des paramètres pré-définis standardisés'. CGM n'avait décrit cette fonction nulle part dans son offre ; dans sa requête elle se bornait à affirmer 'nous satisfaisons à 60 des 62 points de III.4' et 'la fonction est dans notre système'. Insuffisant : un soumissionnaire doit faire figurer dans son offre toutes les informations demandées de manière explicite, surtout pour les exigences minimales. Un seul écart substantiel confirmé suffit — les quatre autres n'avaient plus à être examinés. Pas de droit d'être entendu : écarter une offre pour irrégularité substantielle n'est pas une sanction et ne retire aucun avantage antérieurement accordé. Recours rejeté, CGM condamnée à 920 € de frais.

Pourquoi c'est important ?

Beaucoup de bid managers commettent une erreur d'appréciation fondamentale : 'si je suis aux négociations, mon offre est en ordre'. Cet arrêt dit l'inverse : le pouvoir adjudicateur peut détecter des irrégularités substantielles jusqu'à la décision d'attribution — et il est même obligé de rejeter une offre substantiellement irrégulière, quel que soit le stade de la procédure. Tout aussi dangereuse est l'idée qu'une offre qui marque 60/62 est 'conforme'. Une exigence minimale non répondue suffit. Pour les pouvoirs adjudicateurs, cet arrêt offre une couverture : même un soumissionnaire procéduralement avancé peut être écarté sans audition ni régularisation, dès lors que l'écart porte sur une véritable exigence minimale.

La leçon

Passez votre cahier des charges au peigne fin sur les mots 'exigence minimale' (ou équivalent) et assurez-vous que votre offre apporte sur chaque point une réponse explicite et vérifiable. Pas 'c'est dans notre système', mais 'la fonction est exécutée via [X], comme illustré à [annexe Y]'. Ajoutez une matrice des exigences minimales en annexe. Ne vous fiez jamais à votre admission aux négociations ou à une BAFO — ce n'est pas une reconnaissance de régularité.

Posez-vous la question

Construisez un tableau : à gauche les exigences minimales, à droite la référence de page dans votre offre. Une case vide ? Vous risquez une irrégularité substantielle, peu importe vos scores ailleurs.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →