Rejet Chambre néerlandophone

Telenet propose 50% moins cher, Proximus exige une vérification des prix — le Conseil : à deux soumissionnaires, bon marché n'est pas encore anormal

Arrêt nr. 255879 · 22 février 2023 · XIIe kamer

Le Conseil d'État rejette le recours en extrême urgence de Proximus contre l'attribution à Telenet par Belnet d'un accord-cadre de connectivité de 5 ans, car un écart de prix de plus de 50% et de 5 millions d'euros ne signale pas automatiquement un prix anormal — pas davantage lorsqu'il n'y a que deux soumissionnaires et que le lauréat a étayé son chiffrage en détail.

Que s'est-il passé ?

Belnet, le réseau belge de recherche télématique, a passé un marché pour la fourniture de services de connectivité pendant cinq ans. Le lot 2 a été attribué à Telenet le 22 décembre 2022. L'écart avec Proximus était substantiel : Telenet était 1,5 à 2,3 fois moins cher selon le scénario, l'écart en valeur nominale dépassant 5 millions d'euros. Proximus a introduit une procédure d'extrême urgence le 9 janvier 2023 sur deux moyens. Premier moyen : pondération des critères d'attribution — les six critères qualitatifs cumulaient seulement 10%, le reste allant au prix. Le Conseil rejette : il s'agit d'un marché de services où les travaux sont accessoires, de nombreux sites sont déjà raccordés, les volumes vont diminuer en cours d'exécution et des synergies réduiront encore les travaux. Un faible poids pour les critères non-prix n'est pas manifestement déraisonnable. Deuxième moyen, trois branches. Branches 1-2 (examen général des prix et anormalité des totaux) : le Conseil relève que Telenet avait déposé le 17 novembre 2022 une justification de prix bien plus large que les seuls coûts d'installation, incluant des contrats similaires utilisant la même méthode tarifaire, des certificats de bonne exécution et une référence à sa 'position unique' dans le secteur télécom (solvabilité solide, statut coté en bourse, liens avec un grand groupe étranger). Avec seulement deux soumissionnaires, le Conseil hésite à qualifier l'un d'eux d'anormal. Belnet pouvait raisonnablement conclure que les totaux n'étaient pas anormalement bas. Prix zéro pour les câblages internes : le cahier l'autorisait (clarifié dans les questions et réponses) et il s'agit de 'postes négligeables' au sens de l'art. 36 §2 al. 5 AR placement 2017 — moyenne 851,67 €, moins de 0,002% de la valeur maximale estimée, donc aucune justification requise. Branche 3 (prix zéro de set-up pour les contrats de 3 et 5 ans) : Telenet avait étalé les coûts d'installation sur les redevances mensuelles. Le Conseil confirme que ce n'est pas interdit et que Belnet a vérifié via un recalcul interne (courriels des 17-18 novembre 2022) que les totaux restaient identiques. Aucun sous-critère ne distinguait set-up et mensualité, la comparabilité est préservée. Aucun moyen n'est sérieux ; la demande est rejetée.

Pourquoi c'est important ?

Quiconque travaille sur des accords-cadres de télécom, IT ou services rencontrera tôt ou tard une grille tarifaire avec des coûts de set-up à zéro ou intégrés dans les mensualités. Cet arrêt en fixe la doctrine. Pour les adjudicateurs : précisez dans les questions et réponses si les prix zéro sont admis, effectuez un recalcul interne pour vérifier les totaux et conservez les fichiers de travail au dossier administratif. Pour les soumissionnaires : un grand écart de prix avec un concurrent n'est pas en soi un argument pour qualifier le concurrent d'anormal — pas davantage avec peu de soumissionnaires ; il faut désigner un poste précis dépourvu de justification. Et sachez que les 'postes négligeables' (art. 36 §2 al. 5 AR placement 2017) sont une véritable catégorie — en dessous de quelques pour mille de la valeur du marché, aucune justification n'est exigée.

La leçon

Un écart de 50% ne fait pas un prix anormal — ce qui compte, c'est que l'adjudicateur ait mené un examen raisonnable et puisse le prouver dans son dossier administratif. Si vous contestez l'attribution sur le terrain du prix anormal, concentrez-vous non sur l'écart lui-même mais sur un poste précis pour lequel le lauréat n'a fourni aucune justification ou dont l'explication est manifestement intenable. Méfiez-vous des marchés à peu de soumissionnaires : le Conseil hésite alors à qualifier l'un des deux d'anormal.

Posez-vous la question

En tant qu'adjudicateur : puis-je montrer dans mon dossier administratif une page d'analyse de prix par poste supérieur à 0,01% de la valeur du marché ? Puis-je démontrer que j'ai recalculé les totaux sur une base standardisée (par exemple set-up séparé vs absorbé) ? En tant que soumissionnaire : dans mon moyen, puis-je désigner un poste précis laissé sans réponse par le lauréat, plutôt que d'invoquer le seul écart global ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →