Rejet Chambre francophone

Votre offre est à 4 millions — mais elle doit être signée pour les 12 millions estimés de l'accord-cadre

Arrêt nr. 256111 · 22 mars 2023 · VIe kamer

Equans perd un lot de 12 millions parce que son Division Manager et son Department Manager ne pouvaient signer des offres que jusqu'à 10 millions ; le Conseil d'État juge que la valeur déterminante est la valeur estimée de l'accord-cadre dans son ensemble, et non celle du test-case sur lequel l'offre est construite.

Que s'est-il passé ?

Sibelga, centrale d'achat des pouvoirs locaux bruxellois, a lancé en mai 2022 un accord-cadre de six ans pour la rénovation d'installations HVAC, scindé en deux lots. Le lot 2 (« grandes installations » au-delà de 250.000 euros par projet) avait une valeur totale estimée de 12.000.000 euros HTVA, publiée au BDA et au JOUE. Les soumissionnaires devaient remettre prix sur la base d'un test-case — un projet de référence concret sur lequel ils seraient cotés. Equans Services a déposé son offre pour le lot 2 le 2 novembre 2022, signée par un Division Manager et un Department Manager. Selon sa délégation de pouvoirs publiée au Moniteur belge, ces deux personnes peuvent signer ensemble jusqu'à 10.000.000 euros ; au-delà, il faut un administrateur ou un délégué. Le 17 janvier 2023, Sibelga a écarté l'offre comme irrégulière : la valeur estimée du lot 2 est de 12 millions, ce qui dépasse les 10 millions couverts par la délégation. Le lot a été attribué à Cegelec, Druart et EEG. Equans a introduit une demande de suspension d'extrême urgence, soutenant que la valeur à prendre en compte est celle du test-case (bien inférieure à 10 millions), ou subsidiairement que la valeur d'un accord-cadre est par nature indéterminable, en s'appuyant sur une décision néerlandaise (Tribunal de Groningen, 31 août 2007). Le Conseil d'État (VIe chambre, en référé) rejette le 22 mars 2023. L'objet du marché — et donc l'engagement du soumissionnaire — n'est pas limité au test-case : en faisant offre, l'inschrijver s'engage à remettre offre pour chaque commande subséquente, sous peine de 500 euros par offre manquante. Un accord-cadre n'est pas nécessairement de valeur indéterminable : la valeur estimée publiée dans l'avis de marché fixe précisément le plafond au-delà duquel l'accord-cadre prend fin et permet de vérifier la validité des engagements amont. Obiter crucial : même si la valeur était indéterminable, Equans ne pourrait s'en prévaloir, car un engagement indéterminé exige un mandat sans limite — ce que ses signataires n'avaient pas. Dépens (970 euros) à charge d'Equans.

Pourquoi c'est important ?

Quiconque signe pour un accord-cadre doit jauger sa délégation de pouvoirs à l'aune de la valeur totale estimée publiée dans l'avis de marché — pas le prix du test-case, pas la commande moyenne, pas une estimation « réaliste ». Cela touche tout opérateur disposant de pouvoirs de signature gradués par montant. L'erreur est totalement détectable en amont : il suffit de comparer la valeur estimée du lot avec les plafonds de votre matrice interne. Faute de quoi, pas de seconde chance — l'extrême urgence n'autorise pas à élargir rétroactivement la délégation ou à régulariser l'offre. Le vice est substantiel.

La leçon

Quand vous signez pour un accord-cadre, comparez toujours la valeur totale estimée publiée dans l'avis de marché (BDA/JOUE, pas votre prix d'offre) avec le plafond de votre mandat de signature. Pouvoirs gradués ? Faites signer par un plus haut niveau (administrateur, délégué) dès que la valeur estimée approche ou dépasse votre « plafond manager », même si votre prix réel est bien en dessous. Les accords-cadres de valeur indéterminable nécessitent un mandat sans plafond.

Posez-vous la question

La valeur estimée du lot dans l'avis de marché dépasse-t-elle le plafond du mandat de votre signataire ? Faites signer par quelqu'un disposant des pouvoirs suffisants — pas par le manager opérationnel « parce qu'il pilote le projet ».

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →