Rejet Chambre néerlandophone

Un tiers moins cher que vous n'est pas une preuve de dumping — si vous ne lisez pas ce que le CSC modifie précisément entre les tours BAFO

Arrêt nr. 256518 · 12 mai 2023 · XIIe kamer

Le Conseil d'État rejette la demande de suspension de Postalia contre une attribution de services postaux à Mestrabel : l'écart de 33 % s'explique en grande partie parce qu'entre les tours BAFO le CSC a précisé que le 'poste 40 Genk' était 'principalement des magazines' — ce que Mestrabel et Bpost ont saisi, mais pas Postalia.

Que s'est-il passé ?

En 2022, la ville de Hasselt a lancé en tant que centrale d'achat un accord-cadre de quatre ans pour les services postaux sortants (collecte, traitement, affranchissement, transport, distribution) pour elle-même, le CPAS, l'AGB Stadsontwikkeling, le Crematorium, et les communes de Halen, Zonhoven, Diepenbeek, Alken, Herk-de-Stad et le groupe Genk. Procédure négociée simplifiée avec publicité. L'inventaire avait huit onglets — un par administration participante — avec quantités présumées et maximales. Détail critique : poste 40 ('Envois occasionnels ne relevant pas de la correspondance — livres, catalogues et magazines ne sont pas considérés comme correspondance'). Pour le groupe Genk, l'inventaire mentionnait 330.000 pièces ; pour les autres administrations 1 à 2.500 pièces. Ce seul poste représentait 36 % de la valeur totale du marché. Trois soumissionnaires : Bpost, Mestrabel, Postalia. Offres initiales : Bpost 4.608.432,57 € ; Mestrabel 3.189.438,61 € ; Postalia 4.149.293,18 €. Après négociation, le CSC a été ajusté pour le BAFO : le poste 40 Genk a été précisé comme 'principalement' pour 'l'envoi de magazines' et 'sporadiquement' pour des colis. Mestrabel et Bpost ont saisi ce changement et adapté leurs prix unitaires : un prix plus bas pour le poste 40 Genk que pour le même poste chez d'autres administrations, parce que les tarifs magazines (sans TVA) sont inférieurs aux tarifs colis. Postalia a maintenu le même prix dans toutes les sous-inventaires, et a interprété le poste 40 malgré la précision comme 'colis'. Prix BAFO après vérification arithmétique (HT) : Bpost 3.980.886,42 € ; Mestrabel 2.990.761,05 € ; Postalia 4.121.587,74 €. Mestrabel a gagné. Postalia a saisi en EU. Quatre arguments : (1) l'estimation de 3,338 M était trop basse ; (2) Bpost comme prestataire universel doit appliquer les tarifs légaux et ne peut donc être moins cher que Postalia (qui obtient des remises) ; (3) le prix de Mestrabel est sous un 'coût d'achat brut' calculé de 3,76 M — dumping ; (4) le plan d'action de Mestrabel avec trackers, Maxi Response et click&print est irréaliste. Le Conseil d'État rejette tous les arguments. Sur l'estimation : le CSC énonçait expressément que la valeur maximale 'ne constitue pas une indication pour le montant de l'offre'. Sur le poste 40 : c'est le cœur. Le Conseil a examiné des documents confidentiels et confirme que les écarts de prix 'dans une large mesure' tiennent au poste 40 dans l'inventaire Genk. Bpost a demandé et obtenu une explication : elle avait baissé son prix unitaire pour ce poste après la précision 'principalement magazines'. Mestrabel a fait de même. Postalia a maintenu son tarif colis, malgré la mention expresse 'magazines' dans l'inventaire précisé. Et les recalculs de Postalia de Bpost et Mestrabel partent aussi du tarif colis — biaisant ses conclusions. Sur la justification de prix demandée : pour les postes 10 et 19 (affranchissement lettres 0-50g) une explication a été demandée à Bpost et Mestrabel, et acceptée. Bpost s'est appuyée sur le tarif légal du service postal universel. Mestrabel a évoqué l'effet d'échelle pour le Limbourg et a satisfait à la question sur les obligations sociales, du travail et environnementales — avec pièces justificatives. Issue : demande de suspension rejetée.

Pourquoi c'est important ?

Pour les soumissionnaires dans des accords-cadres avec centrales d'achat, c'est le point d'apprentissage essentiel : lisez CHAQUE changement entre l'offre initiale et le BAFO. Une simple addition de quatre mots dans une description de poste ('principalement pour l'envoi de magazines') a déplacé des millions d'euros entre soumissionnaires dans cette affaire. Postalia est même allée jusqu'à fonder son propre recalcul du gagnant sur le mauvais tarif — indication claire qu'elle n'avait pas vu le changement. Pour les pouvoirs adjudicateurs : le Conseil d'État accepte sans problème qu'une quantité présumée à la demande d'une administration participante puisse fortement diverger des autres administrations, tant que ce chiffre reflète un besoin réel. Un second principe fort : un prix conforme aux tarifs légaux du service postal universel n'est par définition pas un prix anormal.

La leçon

Quand vous remettez un BAFO après un tour de négociation : comparez MOT à MOT le CSC original et la version BAFO. Rapport de négociation, Q&R, modifications du CSC — cela paraît cosmétique mais détermine souvent l'issue. Dans les accords-cadres à plusieurs administrations ou lots où les quantités varient fortement, focalisez en particulier sur les postes aux quantités présumées les plus élevées — ils pèsent le plus sur votre prix total. Une précision 'principalement X' au lieu de la description neutre originale signifie que vous devez adapter votre prix au tarif X, pas y rester accroché 'parce que la description originale était plus large'.

Posez-vous la question

Pour chaque BAFO : avez-vous fait une comparaison à deux colonnes du CSC original et de la version BAFO, avec vérification explicite si les nouvelles précisions ont un impact tarifaire ? Pour les accords-cadres : connaissez-vous les 3 postes principaux qui pèsent le plus sur le prix total, et savez-vous pour chacun si votre tarif correspond à la description spécifique dans la version BAFO ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →