Annulation Chambre néerlandophone

Trois semaines plus rapide que le lauréat — et pourtant la même note 20/30 : une clause de bonus pour livraison anticipée que vous n'appliquez pas vous coûte l'attribution

Arrêt nr. 256924 · 23 juin 2023 · XIIe kamer

Le Conseil d'État annule l'attribution par la Ville de Hal de la rénovation du sol de la grande salle du CC 't Vondel à Phenix Group : le cahier des charges prévoyait qu'une livraison anticipée aurait 'une influence favorable' sur le critère du délai d'exécution, mais la Ville a accordé à Phenix Group et à Stals en Zoon Parketvloeren — dont le délai était trois semaines plus court — une note identique de 20 sur 30 avec pour seule motivation 'tombe parfaitement dans [le] délai demandé'.

Que s'est-il passé ?

Fin 2020, la Ville de Hal souhaite remplacer le sol de la grande salle du centre culturel 't Vondel, en vue de l'installation d'un nouveau gradin et de la réouverture du centre fin janvier 2021. Procédure négociée simplifiée avec publication préalable, publiée nationalement. Le cahier fixe trois critères d'attribution : prix (50 points, formule de proportion classique), délai d'exécution (30 points) et qualité (20 points). Pour le délai d'exécution, le cahier dispose : 'Les travaux ne peuvent commencer que le 06/07/2020 et doivent être totalement achevés le 27/12/2020. Y sont inclus, entre autres, les temps de séchage du béton, le vernis du parquet, le dégagement du chantier. Le sol doit donc être totalement accessible à partir du 28/12/2020. […] Une livraison anticipée des travaux décrits dans le cahier spécial aura une influence favorable sur l'attribution des points dans les critères d'attribution.' Le volet technique impose un béton C25/30 d'une épaisseur entre 100 et 120 mm, conforme aux notices TV 204 et TV 267 du CSTC. Trois offres sont déposées le 31 mars 2020. Stals en Zoon Parketvloeren propose le 16 octobre 2020 comme date de livraison — deux mois et onze jours avant l'échéance du cahier, et (comme il ressortira ensuite du dossier confidentiel) au moins trois semaines avant Phenix Group. Dans le rapport d'attribution du 7 avril 2020, les deux soumissionnaires reçoivent pourtant exactement la même note de 20 sur 30 pour le critère délai d'exécution, avec une motivation identique : 'Description très claire du délai d'exécution. Tombe parfaitement dans [le] délai demandé.' Phenix Group termine à 85 % (50 prix + 20 délai + 15 qualité), Stals en Zoon à 83,24 % — écart de 1,76 point. Le 23 avril, avant l'attribution, la Ville envoie tout de même un courriel à Stals demandant un planning détaillé, exprime explicitement ses doutes sur la faisabilité et invite à tenir compte du temps de séchage du béton selon les notices TV 218 et TV 189 du CSTC. Stals répond le 24 avril avec un planning prévoyant plus de 11 semaines de séchage. Le même 24 avril, la Ville attribue le marché à Phenix. Ce n'est que dans un courriel du 30 avril — donc après l'attribution — que la Ville explique son calcul : 20 points pour qui livre dans la période demandée, plus '2 points supplémentaires par semaine de livraison anticipée', à condition que le temps de séchage soit 'réaliste'. La Ville estime que 11 semaines de séchage ne sont pas réalistes pour le type de béton du cahier (elle-même retient 15 à 16 semaines) et refuse donc le bonus. Stals saisit le Conseil d'État sur la base d'une violation de l'obligation de motivation (deuxième moyen) et des principes de transparence et d'égalité (troisième moyen). La Ville répond par son pouvoir discrétionnaire et par l'argument que Stals n'avait jamais mentionné 'béton à séchage rapide' dans son offre ; une telle variante n'était d'ailleurs pas autorisée par le cahier. Le Conseil d'État pose d'abord un principe : il ne peut pas se substituer à l'adjudicateur pour l'évaluation de fond, mais peut vérifier si la motivation est suffisamment extériorisée et solide. Il constate ensuite — et c'est le cœur de l'arrêt — que le délai de Stals est sensiblement plus court que celui de Phenix, et que même en retenant le séchage de 15 à 16 semaines proposé par la Ville elle-même, le délai de Stals reste plus court que celui de Phenix. La conclusion arithmétique est inéluctable : selon la propre règle de bonus de la Ville, Stals aurait dû recevoir plus de points que Phenix. Le motif d'attribuer 20/30 aux deux parce que leur délai 'tombe parfaitement dans [le] délai demandé' n'est pas une motivation portante — il ne tient pas compte de la clause du cahier qui récompense expressément une livraison anticipée. Deuxième et troisième moyens fondés, décision du 24 avril 2020 annulée, la Ville de Hal est condamnée aux dépens (200 € de droit de rôle + 20 € de contribution + 770 € d'indemnité de procédure). Trois ans après la réouverture de la salle pour le public hallois, le parqueteur obtient gain de cause.

Pourquoi c'est important ?

Pour les pouvoirs adjudicateurs, l'arrêt est un avertissement sur deux niveaux. D'abord : une clause du cahier promettant une influence favorable en cas de livraison anticipée crée une obligation d'appliquer cette clause. Si vous inscrivez une règle de bonus dans le cahier — même informellement ('aura une influence favorable') — vous ne pouvez pas, sans conséquence, attribuer la même note à deux soumissionnaires aux délais sensiblement différents. Le Conseil de l'État lit le cahier comme un acte juridique dont l'adjudicateur ne peut s'écarter sans motivation portante. Ensuite : un adjudicateur qui soupçonne qu'une offre prévoit un délai irréaliste peut tout à fait le prendre en compte — mais doit le démontrer in concreto. Ici la Ville avait un argument défendable sur le temps de séchage, mais le raisonnement ne tenait pas arithmétiquement : même avec 15 à 16 semaines de séchage, Stals restait devant Phenix. Qui invoque un tel contre-argument technique doit être en mesure de boucler les chiffres. Pour les bid managers, la leçon est concrète : si vous proposez une livraison anticipée, votre planning doit être techniquement bétonné. Mentionnez explicitement les temps de séchage retenus, les normes CSTC respectées, et — si vous êtes 'plus rapide' que le marché — pourquoi vous l'êtes (béton à séchage rapide, exécution parallèle, équipes disponibles). Sans cela, l'adjudicateur peut contester votre délai et refuser le bonus. Mais même s'il essaie : assurez-vous que les chiffres restent en votre faveur, même après la correction qu'il voudrait imposer arithmétiquement. Pour les contestants : une note identique pour des prestations manifestement inégales est toujours un angle d'attaque solide. La question décisive devant le juge n'est pas 'l'adjudicateur pouvait-il douter de mon planning ?' mais 'même après ce doute, suis-je objectivement meilleur que le lauréat ?'.

La leçon

Pouvoir adjudicateur, vous avez prévu dans votre cahier une règle de bonus pour un meilleur délai d'exécution, une qualité supérieure ou un produit livrable plus rapidement ? Appliquez-la alors de manière arithmétique et transparente. Détaillez dans le rapport d'attribution combien de semaines/points/euros séparent les offres et placez le bonus là-dessus. Si vous accordez à deux soumissionnaires aux prestations différentes la même note, votre motivation 'tombe parfaitement dans [le] délai demandé' n'est pas une justification valable — le Conseil d'État y voit l'absence de motivation. Si vous avez des objections techniques au planning d'un soumissionnaire (séchage, capacité, équipes), poussez le calcul jusqu'au bout : calculez quel serait le délai corrigé du soumissionnaire après votre correction et regardez s'il devient alors égal ou plus long que celui du lauréat. Une note identique n'est défendable que si après correction, ils sont à égalité ou si le lauréat dépasse le challenger. Bid manager, vous proposez une livraison plus rapide qu'un concurrent ? Étayez votre planning jusque dans le détail dans l'offre elle-même — pas seulement quand l'adjudicateur le demande. Mentionnez les normes CSTC ou références techniques équivalentes, donnez explicitement les temps de séchage, de durcissement ou de tests, et — point crucial — donnez la raison de votre accélération. Un adjudicateur qui sortira un délai 'réaliste' après l'attribution aura plus de mal à vous étouffer, et s'il insiste, vos chiffres — pour autant qu'ils soient bétonnés — resteront en votre faveur.

Posez-vous la question

Vous avez perdu l'attribution avec un écart de points minime. Vous regardez les scores et vous voyez : sur le critère qualité ou délai, vous avez reçu la même note que le lauréat, alors que votre offre se distingue de manière démontrable (livraison antérieure, matériel qualitativement supérieur, plus d'années d'expérience). Faites alors ceci : reconstruisez la clause du cahier qui dit qu'une 'meilleure/plus rapide/plus haute prestation aura une influence favorable', comptez votre avantage réel en semaines/unités/années, multipliez par le bonus par unité (s'il figure au cahier), et regardez si l'écart comble la différence de points entre vous et le lauréat. Si l'adjudicateur a un contre-argument technique (votre planning est irréaliste, votre matériel n'est pas conforme), poussez aussi cette ligne : même après la correction qu'il voudrait imposer arithmétiquement, votre offre reste-t-elle meilleure que celle du lauréat ? Si oui : défaut de motivation, moyen sérieux, forte chance d'annulation.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →