Suspension Chambre néerlandophone

Trois références qui couvrent ensemble tous les domaines : insuffisant lorsque le guide de sélection dit 'tant … que …'

Arrêt nr. 257181 · 18 août 2023 · XIIe vakantiekamer

Le Conseil d'État suspend la sélection de KRAS Architecten parce que la commune de De Pinte a 'additionné' les disciplines de trois références différentes, alors que le guide de sélection exigeait que chaque référence couvre par elle-même tous les domaines.

Que s'est-il passé ?

La commune de De Pinte a lancé en mars 2023 une importante mission d'étude pour un masterplan couvrant une école primaire, une salle de sport et une maison de jeunes. Quatre équipes se sont portées candidates dans la procédure négociée avec mise en concurrence préalable. Le guide de sélection exigeait, outre une référence de masterplan, 'deux projets de référence d'un bâtiment scolaire équivalent' d'un coût net d'au moins 2,5 millions d'euros — et surtout : 'tant pour les domaines architecture, stabilité, techniques, PEB que aménagement extérieur'. Après avoir retiré sa première décision, la commune a décidé le 7 juillet 2023 de ne sélectionner que l'équipe de KRAS Architecten. Deux candidats non retenus ont saisi le Conseil d'État. La fiche d'évaluation de KRAS montre que pour les deux références scolaires demandées, la firme en avait déposé trois. La première couvrait architecture, stabilité, techniques et PEB — mais pas l'aménagement. La deuxième couvrait uniquement l'architecture. La troisième couvrait stabilité, techniques et PEB — pas l'architecture. Aucune des trois ne couvrait tous les domaines à elle seule. La commune avait en fait 'additionné' les disciplines des trois références. À l'audience, la commune s'est 'remise à la sagesse du Conseil' — elle n'avait déposé aucune note. Le conseiller d'État Bert Thys juge que le critère de sélection ne supporte qu'une lecture : 'tant … que …' est cumulatif, chaque référence doit couvrir par elle-même tous les domaines énumérés. En additionnant, la commune a violé ses propres règles — patere legem quam ipse fecisti. Note intéressante : le second moyen des requérants — leur propre référence 'School Balder à Saint-Gilles' aurait été rejetée à tort — n'a pas été jugé sérieux. Ils avaient assuré l'architecture, mais stabilité, techniques et PEB avaient été réalisés par des sous-traitants (UTIL, SB Heedfeld, Studiebureel Greesa) qui ne font plus partie du consortium actuel (CBAM engineering). Ils ne pouvaient donc pas s'approprier ces disciplines. Le Conseil d'État ordonne la suspension.

Pourquoi c'est important ?

Deux leçons utiles d'un seul arrêt. Pour les adjudicateurs : la manière dont vous rédigez vos critères de sélection détermine ce que vous pouvez accepter ensuite. Écrivez 'tant … que …' (cumulatif) et vous ne pouvez plus 'additionner' les disciplines de différentes références — même si la somme couvre joliment tous les domaines. Vous voulez cette souplesse ? Écrivez-le explicitement. Pour les soumissionnaires : vous ne pouvez valoriser une référence que pour les disciplines que vous (ou un partenaire actuel du consortium) avez réellement réalisées.

La leçon

Quand vous rédigez un guide de sélection exigeant un nombre fixe de références couvrant 'tant l'architecture, la stabilité, les techniques, PEB que l'aménagement extérieur', chaque référence doit couvrir par elle-même tous ces domaines. Vous ne pouvez additionner ensuite les disciplines de trois références — cela viole vos propres règles. Comme soumissionnaire : construisez votre portefeuille de références autour de projets que vous avez livrés intégralement, ou assurez-vous que vos anciens partenaires sur ces disciplines sont toujours avec vous.

Posez-vous la question

Si comme adjudicateur vous constatez que le seul candidat restant ne couvre tous les domaines requis qu'en agrégeant plusieurs références : pouvez-vous encore le motiver légalement sous le libellé de votre guide, ou votre guide exige-t-il expressément que chaque référence couvre tous les domaines ? En cas de doute, le Conseil d'État vous renverra probablement sur le patere legem quam ipse fecisti.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →