Suspension Chambre néerlandophone

Location de vélos suspendue : trois erreurs d'évaluation du critère qualité comblent l'écart de points

Arrêt nr. 258686 · 6 février 2024 · XIIe kamer

Le Conseil d'État suspend l'attribution d'un accord-cadre de location opérationnelle de vélos parce que le pouvoir adjudicateur a commis trois erreurs dans l'évaluation du critère qualité — un point négatif déraisonnable pour l'entretien obligatoire, un point positif non motivé pour l'emploi social, et un point positif non comparatif pour un bon de réduction — qui ensemble comblent l'écart de 2,5 points.

Que s'est-il passé ?

HR Rail, opérant dans les secteurs spéciaux, a lancé un accord-cadre pour la location opérationnelle de vélos pour le personnel ferroviaire via une procédure négociée avec mise en concurrence préalable. Trois entreprises ont soumis une offre. Après évaluation sur le prix (40 points) et la qualité (60 points), o2o s'est classée première avec 96,5/100 (38,5/40 prix + 58/60 qualité) et Cyclis deuxième avec 94/100 (40/40 prix + 54/60 qualité). Cyclis a contesté trois éléments de l'évaluation qualité. Premièrement, le rapport d'analyse avait attribué un point négatif au motif que Cyclis imposerait un entretien annuel obligatoire. Or, dans une réponse de clarification, Cyclis avait indiqué qu'un entretien annuel était « toujours fortement recommandé » mais que HR Rail pouvait elle-même décider de le rendre obligatoire via sa politique vélo. Le Conseil a jugé déraisonnable de lire cette réponse comme imposant une obligation. Deuxièmement, o2o a reçu un point positif pour sa collaboration avec des ateliers vélo axés sur l'emploi social. Mais le rapport constatait lui-même que les deux soumissionnaires travaillent avec des « sous-traitants similaires (voire identiques) ». Le rapport ne motivait pas en quoi le réseau d'o2o constituait néanmoins une plus-value. L'explication fournie a posteriori par HR Rail dans un courrier du 4 janvier 2024 — selon laquelle le réseau d'o2o était plus étendu — constituait une motivation post factum qui ne pouvait être prise en compte. Troisièmement, o2o a reçu un point positif pour l'offre d'un bon de réduction en cas de vol. Or le rapport mentionnait « un » bon de réduction sans aucune comparaison avec la réduction que Cyclis proposait également. Là aussi, l'explication ultérieure était un complément a posteriori inadmissible. Chacun de ces trois éléments représentait un point de différence selon la méthodologie appliquée. Ensemble, ils totalisaient trois points, suffisants pour combler l'écart total de 2,5 points. Le deuxième moyen, portant sur l'absence de méthodologie d'évaluation, a été jugé non sérieux : l'évaluation globale avec plus-values et moins-values selon leur valeur relative était une méthode usuelle déjà annoncée dans le cahier des charges.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt illustre comment une évaluation qualitative peut échouer sur des éléments apparemment mineurs qui, à l'examen, manquent de fondement. Il montre qu'une réponse à une question de clarification codétermine le contexte complet d'une offre, qu'un point positif pour un élément que les deux soumissionnaires proposent via les mêmes sous-traitants nécessite une motivation spécifique, et qu'une évaluation comparative doit être réellement comparative. En outre, l'arrêt confirme qu'une explication a posteriori — aussi plausible soit-elle — ne peut se substituer à la motivation formelle du rapport d'analyse.

La leçon

Lorsque vous attribuez des points positifs et négatifs sur un critère qualité, chaque évaluation doit être cohérente et comparative. Si deux soumissionnaires offrent un élément comparable mais qu'un seul reçoit un point positif, cela exige une motivation comparative explicite dans le rapport même. Une réponse à une question de clarification peut modifier la portée d'une offre — lisez-la attentivement et intégrez-la dans votre évaluation. Ne justifiez jamais a posteriori ce qui ne figure pas dans le rapport : le Conseil d'État n'en tiendra pas compte.

Posez-vous la question

En tant que pouvoir adjudicateur : chaque point positif ou négatif dans mon rapport d'analyse est-il étayé par un raisonnement comparatif ? Ai-je correctement interprété les réponses aux questions de clarification ? Tout ce qui fonde mon évaluation figure-t-il effectivement dans le rapport, ou est-ce que je complète a posteriori ? En tant que soumissionnaire : ai-je formulé clairement et sans ambiguïté dans mon offre et mes clarifications ce que je propose, sans laisser de place à une lecture défavorable ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →