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Votre suspension est un dépôt, pas une victoire finale — oubliez le recours en annulation et elle s'évapore

Arrêt nr. 263837 · 30 juin 2025 · VIe kamer

Le Conseil d'État lève automatiquement une suspension antérieurement accordée parce qu'Eloy Travaux n'a pas introduit de recours en annulation après la suspension du 20 janvier 2025, et condamne l'entrepreneur aux dépens.

Que s'est-il passé ?

Le 20 janvier 2025, par arrêt 262.034, le Conseil d'État avait suspendu l'exécution d'une décision d'attribution de l'Opérateur de Transport de Wallonie (OTW), portant sur un marché de 19.425.093,54 € TVAC — divisé en 15 lots, dont le lot 2 relatif aux infrastructures privées (égouttages, voiries, abords, clôtures, parcs au nord et liaison cyclo-piétonne à l'est) — attribué à la SSM Galère-Duchène. La suspension avait été prononcée dans une phase d'extrême urgence ou par la voie ordinaire — avant qu'un recours en annulation ne soit introduit. Puis, fait crucial : Eloy Travaux a omis d'introduire un recours en annulation dans le délai légal. La décision d'attribution ne peut donc plus être annulée. L'article 17, §4, alinéa 3 des lois coordonnées sur le Conseil d'État est strict dans ce cas : une suspension prononcée avant la procédure en annulation doit être immédiatement levée si aucun recours en annulation fondé sur les mêmes moyens que ceux ayant justifié la suspension n'est introduit dans le délai. Le Conseil applique la règle mécaniquement : suspension levée, Eloy Travaux considéré comme partie succombante, et condamné à 200 € de droit de rôle, 24 € de contribution et 770 € d'indemnité de procédure à l'OTW — 994 € au total. Le pouvoir adjudicateur peut désormais simplement exécuter le marché.

Pourquoi c'est important ?

Un arrêt de suspension ressemble à une victoire, et procéduralement c'en est une — mais seulement comme étape intermédiaire. Beaucoup d'entrepreneurs sous-estiment que, juridiquement, une suspension n'est pas un terminus : elle bloque l'exécution, rien de plus. Pour effectivement annuler la décision attaquée, il faut introduire un recours en annulation dans le délai (60 jours à dater de la prise de connaissance) soulevant les mêmes moyens. Si vous laissez ce délai s'écouler, la suspension disparaît sans recours supplémentaire — et vous payez les frais de l'autre partie. C'est exactement le scénario qui se produit ici.

La leçon

Si vous obtenez une suspension : inscrivez immédiatement le délai d'annulation dans votre agenda et dans celui de votre conseil. Une suspension sans recours en annulation de suivi dans le délai est juridiquement sans valeur. Travaillez systématiquement sur le principe du double-rail : (1) contester/obtenir la suspension et (2) introduire le recours en annulation — soit simultanément, soit dans le délai après l'arrêt de suspension. Mettez en place un contrôle interne garantissant qu'aucun arrêt de suspension n'est coché avant que le recours en annulation correspondant ne soit confirmé et introduit.

Posez-vous la question

Lorsque votre conseil vous annonce qu'un arrêt de suspension vous est favorable : le délai pour le recours en annulation est-il inscrit dans votre agenda, et y a-t-il un propriétaire interne de cette étape suivante ? Ou pensez-vous que l'affaire est terminée avec la suspension ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →