Rejet Chambre francophone

Qui n'attaque pas frontalement le retrait d'un marché ne peut plus le démolir par la porte dérobée

Arrêt nr. 263857 · 2 juillet 2025 · VIe kamer

Le Conseil d'État rejette deux recours en annulation contre un marché relancé car la requérante attaque en réalité une décision de retrait antérieure dont la légalité a déjà été définitivement confirmée par des arrêts précédents.

Que s'est-il passé ?

La SOFICO — la société wallonne de financement des infrastructures — a organisé à partir de 2021 un marché public de brossage et de curage routier dans les districts de Ciney (lot 5) et de Spy (lot 2). Theis Marcel, entreprise liégeoise, a perdu l'attribution trois fois de suite au profit du concurrent Sandri. La première attribution du 10 août 2021 a été attaquée avec succès par Theis Marcel : le Conseil a suspendu et la SOFICO a retiré sa décision. Deuxième tour : nouvelle attribution le 7 juin 2022, à nouveau à Sandri, à nouveau suspendue par le Conseil. La SOFICO a alors pris le 26 août 2022 une décision cruciale : elle retirait les deux attributions, renonçait à toute la procédure, et annonçait une toute nouvelle consultation. Theis Marcel a introduit des recours en annulation contre ces décisions de retrait et de relance. La nouvelle procédure a abouti le 29 septembre 2023 à une troisième attribution, toujours à Sandri. Theis Marcel a de nouveau introduit des recours en annulation (les présentes affaires). Dans les trois moyens, l'entrepreneur ne contestait pas vraiment l'attribution du 29 septembre 2023 elle-même, mais — de manière incidente — la légalité de la décision de retrait et de relance du 26 août 2022. Le problème pour Theis Marcel : le 24 mars 2025, par les arrêts 262.719 et 262.721, le Conseil avait déjà rejeté les recours directs en annulation contre la décision du 26 août 2022, estimant qu'aucun moyen n'était fondé. Ces arrêts étaient devenus définitifs au moment du jugement des présentes affaires. Le Conseil conclut que l'autorité de chose jugée empêche de soulever à nouveau les mêmes griefs de légalité — cette fois incidemment, via la décision d'attribution ultérieure. Les recours sont rejetés et l'entrepreneur supporte 800 euros de droits de rôle, 96 euros de contributions, et 2 × 770 euros d'indemnité de procédure.

Pourquoi c'est important ?

En tant qu'entrepreneur contestant une attribution, on attend parfois : on voit une procédure s'effondrer, une nouvelle consultation arrive, et on pense peut-être garder ses munitions pour cette phase ultérieure. Cet arrêt montre clairement que cette stratégie échoue souvent. Une décision de relance (retrait plus nouvelle consultation) est un acte administratif autonome à portée individuelle. Qui ne l'attaque pas directement — ou l'attaque sans succès — ne peut plus soulever sa légalité ensuite via un recours contre une attribution ultérieure qui en découle.

La leçon

Si le pouvoir adjudicateur retire tout en cours de procédure et relance, traitez cette décision de retrait/relance comme un acte attaqué à part entière : attaquez-la directement et immédiatement avec tous les moyens dont vous disposez. Ne gardez pas vos arguments pour l'attribution suivante — si votre recours direct contre le retrait est rejeté, vous ne pourrez plus invoquer ces mêmes arguments ultérieurement, même si la nouvelle procédure présente des vices identiques.

Posez-vous la question

Si le pouvoir adjudicateur retire une procédure en cours et en relance une nouvelle : avez-vous introduit un recours en annulation complet contre cette décision de retrait/relance elle-même, avec tous les moyens par lesquels vous voulez contester la démarche ? Ou les gardez-vous pour un recours contre la prochaine attribution ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →