Rejet Chambre néerlandophone

Prix le plus bas avec une pompe submersible non conforme : la non-conformité technique vous coûte l'intérêt à agir

Arrêt nr. 232186 · 15 septembre 2015 · XIIe kamer

Le Conseil d'État rejette le recours en extrême urgence de l'association momentanée WeGroSan/Antea contre l'attribution à Sportinfrabouw, parce que l'association — soumissionnaire le moins-disant à 1,39 million d'euros — a soumis trois postes techniquement non conformes au cahier spécial des charges (pompe submersible, armoire de commande d'irrigation, couche sportive sous gazon synthétique) et n'a pas contesté ce constat dans sa requête, ce qui la prive de l'intérêt à contester l'attribution.

Que s'est-il passé ?

La commune de Herenthout a lancé l'aménagement autour de l'infrastructure sportive 't Kapelleke : terrains, parking, drainage, plantations. Adjudication ouverte, estimation 1,67 million d'euros HTVA. Six offres ; l'AM WeGroSan/Antea la moins-disante à 1,39 million, Sportinfrabouw deuxième à 1,53 million. L'auteur du projet a constaté que l'offre de l'AM s'écartait de plus de 25% sur 149 postes et a demandé une justification de prix. Le deuxième rapport d'analyse a classé l'offre de l'AM 'substantiellement irrégulière' sur huit motifs. Trois d'entre eux établissaient une non-conformité technique aux spécifications essentielles : la pompe submersible pour eaux usées (marque FEKA, plusieurs versions soumises sans sélection), l'armoire de commande de la pompe d'irrigation (équipements peu clairs ou absents), et la couche sportive sous le gazon synthétique (mousse de 14 mm au lieu de 20 mm, 2.543 g/m² au lieu de 3.800 g/m² — important s'agissant d'un terrain pour enfants). L'attribution est allée à Sportinfrabouw. Le recours de l'AM portait sur la procédure de justification de prix, pas sur les constats techniques. Elle n'a jamais contesté par écrit que son offre était non conforme sur les trois postes ; elle s'est contentée d'interroger le caractère 'essentiel' de ces exigences. Le Conseil applique sa règle d'intérêt : un soumissionnaire irrégulier ne peut contester une décision d'attribution que si ses moyens démontrent que son offre a été à tort déclarée irrégulière. Ici, les trois constats techniques restent debout, faute de contestation. Le Conseil a en outre rejeté l'argument fondé sur l'article 36 du cahier des charges — prévoyant la remise des fiches techniques dans les 30 jours après attribution — qui n'exempte pas le pouvoir adjudicateur de vérifier la conformité avant attribution ; l'obligation de l'article 95 de l'arrêté Passation demeure, et la demande de fiches techniques dans le cadre d'une justification de prix est légitime, car un prix anormalement bas peut signaler une non-conformité. Recours irrecevable ; frais réservés pour l'arrêt d'annulation.

Pourquoi c'est important ?

Pour les soumissionnaires moins-disants tenus de fournir une justification de prix, cet arrêt est un avertissement à deux niveaux. Pratiquement : quand le pouvoir adjudicateur demande des fiches techniques dans le cadre d'une justification de prix, ce n'est pas abusif. C'est précisément l'outil dont il dispose pour vérifier si un prix bas ne masque pas un écart par rapport aux exigences techniques. Procéduralement : si votre offre est non conforme sur des postes techniques précis, c'est le premier obstacle à traiter dans votre requête — comme défense centrale, pas comme accessoire. Quiconque ne conteste pas le constat d'irrégularité perd l'intérêt à attaquer la procédure d'attribution, peu importe la force des autres moyens.

La leçon

Quand vous soumettez une offre où vous prévoyez d'être le moins-disant, effectuez avant remise un contrôle chirurgical sur chaque poste à spécifications techniques — diamètre, épaisseur, poids par m², marque et modèle. Précisez explicitement dans votre offre quel modèle exact vous proposez, et non 'une pompe de marque X' avec plusieurs variantes en annexe. Et si vous portez l'affaire devant le Conseil : le premier moyen doit contester le constat d'irrégularité, pas la procédure de justification de prix dans son ensemble.

Posez-vous la question

Avez-vous reçu une demande de justification de prix accompagnée d'une demande de fiches techniques ? Pour chaque poste demandé, listez trois choses : ce que dit le cahier des charges, ce que dit votre offre, ce que dit la fiche technique annexée. Partout où ces trois ne s'alignent pas parfaitement — par exemple 14 mm là où 20 mm est requis, ou plusieurs modèles listés sans sélection — vous avez un risque d'irrégularité à corriger avant l'attribution.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →