Rejet Chambre néerlandophone

Un même fait peut peser sur deux critères d'attribution — à condition que ces critères mesurent réellement des choses différentes

Arrêt nr. 244227 · 9 avril 2019 · XIIe kamer

Alinea Interieurarchitectuur prétendait avoir été 'doublement sanctionnée' pour le projet de la Maison flamande de Londres parce que son manque d'expérience internationale lui a coûté des points sur 'équipe de conception' et sur 'références' — le Conseil d'État répond sèchement que ce n'est pas une double sanction, mais le même facteur pertinent pour deux appréciations distinctes.

Que s'est-il passé ?

L'Agence flamande des installations voulait réaménager l'intérieur de la Maison flamande de Londres (Cavendish Square, près d'Oxford Circus). Le marché d'études pour un architecte d'intérieur a été lancé en procédure négociée sans publication. Douze entreprises ont été invitées, trois ont soumissionné : Alinea Interieurarchitectuur, Lene Van Look et RKD Architects. Critères : prix (50 points), équipe de conception (20), références (20), vision sur la conception circulaire et durable (10). Pour les trois critères qualitatifs, le cahier spécial des charges utilisait une grille publiée : +++ Excellent (100%), ++ Très bon (90%), + Bon (80%), 0+ Convenable (65%), 0- Suffisant (50%), - Insuffisant (30%), -- Mauvais (0%). Trois particularités procédurales. Premièrement : Alinea a déposé son offre le 3 janvier 2019, alors que la date limite était fixée au 4 janvier. Le même jour, l'adjudicateur a reporté la date au 11 janvier pour répondre à une question d'un soumissionnaire et informer tous de la même manière. Alinea a laissé son offre en place et a argué plus tard que ses concurrents avaient 'une semaine en plus'. Deuxièmement : la notification d'attribution a été adressée à 'nv Alinea' au lieu de 'nv Alinea Interieurarchitectuur'. Troisièmement : l'intitulé du recours ne mentionnait pas l'extrême urgence — une erreur que la Communauté flamande a tenté d'exploiter. Le 20 février 2019, le marché a été attribué à RKD Architects pour 72.030 EUR TVAC. RKD a remporté 77,5/100, Alinea 72,5/100. Alinea — qui pourtant offrait le prix le plus bas — a perdu des points sur deux critères qualitatifs : 10/20 en 'équipe de conception' (0- Suffisant = 50%) et seulement 6/20 en 'références' (- Insuffisant = 30%). Motivation : Alinea n'avait pas d'expérience à l'étranger, pas encore désigné de conseils britanniques, et un vocabulaire de conception 'très classique' en décalage avec le style envisagé. RKD avait nommé un architecte conseil et un ingénieur-architecte britanniques établis à Londres. Alinea a invoqué quatre moyens : défaut de notification, inégalité par prolongation de délai, méthode d'évaluation arbitraire, et double sanction pour un seul fait. Le président Dierk Verbiest de la XIIe chambre rejette chacun d'eux. Sur la prolongation : la plateforme eProcurement permet de retirer et redéposer une offre — Alinea a choisi de ne pas le faire. Sur la grille d'évaluation : une échelle descriptive publiée et liée à des pourcentages fixes est une 'méthode d'évaluation plausible et assez courante'. Sur la double sanction : un même fait peut influencer plusieurs critères pourvu que ces critères mesurent des aspects différents. Recours rejeté.

Pourquoi c'est important ?

Trois enseignements pour qui rédige ou évalue des offres. Un : une prolongation de délai ne pénalise pas le déposant précoce — la plateforme eProcurement permet toujours de retirer et redéposer. Une plainte ultérieure échouera. Deux : la grille +++/++/+/0+/0-/-/-- est parfaitement légale, même si elle paraît superficielle. Le Conseil note même qu'une publication préalable est exemplaire en transparence. Trois — le plus important : un adjudicateur peut faire peser le même constat factuel sur plusieurs critères d'attribution, pour autant que ces critères mesurent des aspects réellement différents. L'absence d'expérience étrangère est pertinente pour la composition de l'équipe (cette équipe peut-elle travailler à Londres ?) et pour les références (a-t-elle déjà fait quelque chose de similaire ?). Les soumissionnaires qui invoquent une 'double sanction' doivent démontrer que les critères se chevauchent réellement — pas seulement qu'un même fait nuit aux deux.

La leçon

Si vous soumissionnez pour un marché à l'étranger et n'avez pas encore désigné de partenaires locaux, sachez que cela peut peser sur plusieurs critères. Investissez à l'avance dans un conseil britannique, italien ou français et nommez-le concrètement dans votre offre — pas 'à désigner ultérieurement'. Si vous avez déjà déposé et que l'adjudicateur reporte le délai, retirez votre offre et redéposez une version améliorée. Sinon, une plainte ultérieure pour inégalité de traitement échouera. Côté adjudicateur : une grille +++/++/+/0+ est valable, à condition d'être publiée à l'avance et couplée à une évaluation rédigée par critère. Un facteur commun (expérience faible, prix élevé, équipe restreinte) peut peser sur plusieurs critères dès lors qu'ils mesurent des dimensions différentes.

Posez-vous la question

Vous avez déposé une offre avant la date limite et l'adjudicateur l'a prolongée pour distribuer des informations supplémentaires. Avez-vous retiré votre offre sur la plateforme et redéposé en tenant compte des nouvelles informations ? Et : votre offre pour un marché étranger nomme-t-elle concrètement un partenaire local — ou indique-t-elle encore 'à désigner' ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →