Rejet Chambre néerlandophone

Une durée de conservation 'en mois' n'est pas une arithmétique — production et livraison peuvent tomber dans le même mois civil

Arrêt nr. 258852 · 19 février 2024 · XIIe kamer

Le Conseil d'État refuse la suspension de l'attribution de 5 millions de masques chirurgicaux à YNK Group, car la partie intervenante explique de manière plausible que sa durée de conservation de 60 mois à compter de la livraison tient si la production et la livraison interviennent dans le même mois — même si Protect and Care a, elle, déduit les délais de fabrication et de transport.

Que s'est-il passé ?

Le SPF Santé publique a lancé début 2023 une procédure ouverte européenne pour la livraison de 5.000.000 de masques chirurgicaux, en trois livraisons (1m dans 6 semaines, 2m à 22-26 semaines, 2m à 48-52 semaines). Le cahier spécial des charges SR/2023/01/S retenait deux critères d'attribution à parts égales (50% chacun) : le prix et la durée de conservation. Les soumissionnaires devaient indiquer la durée de conservation résiduelle minimale 'au moment de chaque livraison', exprimée en mois, avec un minimum de 20 mois pour entrer en compétition. Le score se calculait par règle de trois sur base de la durée la plus longue. Sur 19 offres, quatre ont été déclarées substantiellement irrégulières. YNK Group (fabrication en Turquie) a proposé 60 mois de durée résiduelle et obtenu 50/50 au prix et 50/50 à la conservation : 100/100 au total. Protect and Care (fabrication en Chine) a déclaré une durée 'nette' déduisant déjà les temps de fabrication et de transport, a obtenu 44,89/50 au prix et terminé deuxième. Le marché a été attribué à YNK le 17 décembre 2023. Protect and Care saisit le Conseil d'État en extrême urgence : 60 mois à compter de la livraison serait physiquement impossible — au moins dix jours doivent être retranchés pour la production et le transport, donc YNK aurait dû proposer 59 mois. En n'effectuant pas cette déduction, YNK aurait obtenu un 'avantage discriminatoire' et son offre aurait dû être déclarée substantiellement irrégulière en vertu de l'article 76 de l'AR Passation. Le Conseil consulte l'offre confidentielle de YNK et constate que la durée indiquée sur l'emballage est aussi de 60 mois à compter de la production. YNK explique : si la production démarre en début de mois, la livraison peut intervenir dans le même mois, et alors 60 mois depuis la production équivalent à 60 mois depuis la livraison. Le Conseil note qu'exprimer la durée de conservation en mois est une 'technique usuelle', y compris chez le propre fabricant de Protect and Care, et qu'une durée en mois peut de facto osciller entre 60 mois pleins et 60 mois plus environ 30 jours. Si le CSC avait demandé la durée en jours absolus, le raisonnement de Protect and Care eût été correct — mais le CSC demandait des mois. Le fait que Protect and Care ait elle-même opté pour une durée 'nette' est un choix, pas une obligation. Le moyen unique n'est pas sérieux ; recours rejeté.

Pourquoi c'est important ?

Dans les marchés de fournitures où la durée de conservation est un critère d'attribution, les soumissionnaires pensent souvent pouvoir piéger un concurrent sur une apparente incohérence arithmétique ('tu promets 60 mois depuis la livraison, mais ton produit vient de Turquie, ça ne tient pas'). Cet arrêt rappelle : tant que le cahier des charges demande des mois et que le lauréat démontre de manière plausible que production et livraison tombent dans le même mois, aucune irrégularité ne tient. Le soumissionnaire qui 'joue net' en déduisant les délais ne peut pas rattraper cette désavantage via l'article 76. Pour les pouvoirs adjudicateurs : si vous voulez une durée nette, demandez des jours ou semaines, pas des mois. Pour les soumissionnaires : lisez le CSC strictement et concourez dans ses règles.

La leçon

Quand vous rédigez un critère de durée de conservation, choisissez l'unité avec soin : les mois laissent une marge d'arrondi légitime d'environ 30 jours, les jours non. Pour clore le débat sur les délais de production et de transport, le CSC doit explicitement préciser que la durée se calcule à la date effective de livraison, déduction faite de tous les délais de fabrication et de logistique, idéalement avec certificats de lot à l'appui. À défaut, la règle est : 'en mois' = 'peut de facto fluctuer dans ce mois'.

Posez-vous la question

Votre CSC demande-t-il la durée de conservation en mois, semaines ou jours ? Si en mois, exige-t-il explicitement la déduction des délais de fabrication et de transport, ou acceptez-vous que la durée puisse être indiquée à compter de la production si fabrication et livraison interviennent dans le même mois ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →