Rejet Chambre francophone

Si le cahier des charges conditionne l'attribution à une homologation 'avant attribution', son absence constitue automatiquement une irrégularité substantielle

Arrêt nr. 256245 · 7 avril 2023 · VIe kamer

Le Conseil d'État rejette la suspension d'un marché de 60.000 luminaires LED pour le gestionnaire de réseau liégeois RESA : en exigeant dans le cahier spécial des charges que le modèle de luminaire soit homologué 'avant attribution du marché' (Synergrid 005), le CSC a lui-même qualifié cette exigence de minimale et substantielle — Lightwell et Axioma se voient donc écarter pour irrégularité substantielle, malgré qu'ils avaient été invités à remettre une BAFO et étaient les mieux classés à la première décision.

Que s'est-il passé ?

RESA Innovation et Technologie (le gestionnaire intercommunal de réseau liégeois) a lancé un marché public de fournitures de 60.000 luminaires LED pour l'éclairage public, divisé en deux lots (40.000 et 20.000 unités), selon la procédure négociée avec mise en concurrence préalable dans les secteurs spéciaux. Période d'exécution : 06/2022-12/2025. Le cahier spécial des charges, point III.1 'Remarques préliminaires', précisait : 'Le modèle du luminaire doit être homologué 005 – Synergrid, avant attribution du marché'. Lightwell B.V. (Pays-Bas) et Axioma ont remis une offre conjointe et étaient classées premières à la première décision d'attribution du 16 novembre 2022 — lot 1 leur a été attribué, lot 2 à Schreder BE. Signify Belgium (troisième) a saisi le Conseil d'État ; l'arrêt n° 255.378 du 23 décembre 2022 a suspendu cette attribution. RESA a retiré l'attribution le 11 janvier 2023 et a procédé à un nouvel examen. Le 17 février 2023, RESA a déclaré les offres de Lightwell/Axioma 'substantiellement irrégulières' pour les deux lots parce que leur luminaire ne disposait pas de l'homologation '005-Synergrid', et a attribué le lot 1 à Signify et le lot 2 à Schreder. Lightwell/Axioma ont introduit une suspension d'extrême urgence. Trois moyens : (1) la conformité matérielle avec la spécification C4/11.3 sous-jacente à l'homologation était démontrée par le dossier technique — non sérieux : le non-respect de l'exigence d'homologation elle-même suffit. (2) Discrimination : les offres de Signify et Schreder ont été déclarées conformes au 'livre Zhaga 13' sans la même vérification stricte — non sérieux : le pouvoir adjudicateur peut vérifier lui-même la conformité Zhaga sur la base des documents techniques de l'offre, et la 'checklist des exigences techniques' déposée à titre confidentiel montre qu'il l'a fait. (3) Absence de motivation quant au caractère substantiel de l'absence d'homologation — non sérieux : en exigeant dans le CSC que l'homologation soit obtenue 'avant attribution', le CSC a lui-même qualifié l'exigence de minimale/substantielle. Le pouvoir adjudicateur pouvait logiquement qualifier cette absence d'irrégularité substantielle sans motivation supplémentaire. Le fait que Lightwell/Axioma aient été invités à remettre une BAFO n'y change rien : l'article 74 §4 de l'AR du 18 juin 2017 exige d'écarter l'offre affectée d'une irrégularité substantielle, mais n'interdit pas de constater une telle irrégularité après le début des négociations — surtout lorsque la première décision a été suspendue et qu'un nouvel examen s'imposait. Les trois moyens ne sont pas sérieux ; la suspension est rejetée.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt clarifie quand un pouvoir adjudicateur peut qualifier une irrégularité de 'substantielle' sans motivation formelle supplémentaire. La clé tient à la formulation du cahier spécial des charges. Si le CSC indique 'avant attribution X doit être obtenu' ou 'condition de participation', le CSC a déjà fait la qualification — la décision d'attribution n'a pas à expliquer pourquoi c'est substantiel. Pour les pouvoirs adjudicateurs, c'est un instrument : utilisez des formulations qui vous protègent de l'obligation de motivation. Pour les soumissionnaires, l'arrêt donne un autre éclairage à la procédure BAFO : être simplement invité à remettre une BAFO ne signifie pas être déclaré conforme. L'autorité peut toujours, à un stade ultérieur, constater qu'une offre antérieure était irrégulière — surtout après une suspension et un nouvel examen. À retenir en pratique : lisez avec attention le chapitre 'Remarques préliminaires' ou 'Conditions générales' de tout CSC — c'est là que se trouvent les exigences vraiment dures, et c'est un point de levier tant pour la motivation que pour la contestation.

La leçon

Si en tant que pouvoir adjudicateur vous voulez rendre une exigence substantielle sans devoir la motiver dans la décision d'attribution : écrivez explicitement dans le CSC 'avant attribution X doit être obtenu' ou 'à peine d'irrégularité substantielle'. Le CSC fait alors lui-même la qualification. N'utilisez pas une formule vague comme 'une homologation est souhaitable' quand vous voulez dire qu'elle est obligatoire. Comme soumissionnaire invité à remettre une BAFO alors que vous savez qu'une certification formelle manque, en espérant que la conformité matérielle suffise : régularisez avant de remettre la BAFO ou demandez par écrit une clarification au pouvoir adjudicateur. Une invitation à BAFO n'est pas un bouclier contre une exclusion ultérieure pour irrégularité.

Posez-vous la question

Les 'remarques préliminaires' ou 'conditions générales' de votre CSC contiennent-elles, pour les exigences critiques, des formulations comme 'avant attribution', 'obligatoire', 'à peine d'exclusion', 'substantiel' ? Si oui, elles tiennent solidement. Seuil pour les soumissionnaires : quand une exigence du CSC est liée à un moment 'avant attribution', son absence est une irrégularité substantielle qui ne nécessite pas de motivation supplémentaire — ne vous engagez pas à participer si vous ne pouvez pas remplir cette condition.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →